Les partis alternatifs européens

Par Jeudi 26 février 2015 Permalink 9

Le laboratoire grec constitue une expérience grandeur réelle de ce qui pourrait advenir aux partis alternatifs, souvent nés de l’incurie des institutions supranationales européennes, qui sont partout aux portes du pouvoir. Si l’échec de Syriza est acté, ils devront revoir leurs prétentions à la baisse. Si au contraire Alexis Tsipras confirme les espoirs mis en lui en révolutionnant le petit monde bruxellois, tout redevient alors possible.

L’impression, que le premier ministre grec se contente de bénéficier d’un ersatz de pouvoir en reniant ses engagements de la campagne électorale, a été tempérée hier par les déclarations de son ministre des finances prévenant le FMI et la BCE qu’ils ne seraient probablement pas remboursés dans les temps ce qui correspond en clair à l’annonce d’une future restructuration de la dette. Immédiatement, tel un diable sorti de sa boite, Wolfgang Schauble a tempêté et voué aux gémonies Athènes et ses dirigeants. Chacun joue, minaude, avec semble-t-il délectation, et il est difficile de savoir si ce cabotinage représente un simple jeu de rôle convenu ou le signe magistral de l’efficience du nouveau gouvernement…

Les partis alternatifs représentent l’espoir d’une reprise en main démocratique du destin des citoyens. L’échec grec tendrait à démontrer que rien n’est possible dorénavant. Sa réussite grâce à son intransigeance, son volontarisme seraient au contraire le signe que le chemin parcouru n’est ni inéluctable, ni irrémédiable. Podemos, le Mouvement 5 étoiles ou même le Front National ont leur sort lié au débat gréco-européen. Le véritable succès de Tsipras serait un retour au drachme qui dynamiserait son économie en la rendant compétitive par la dévaluation et permettrait à terme une hausse du salaire minimum. Autant dire que tout sera fait par l’Union Européenne pour empêcher ce scénario! C’est le sort politique des caciques des pays du sud de l’Europe qui se joue.

Car le véritable enjeu concerne la France, l’Espagne et l’Italie. Les partis alternatifs s’y révèlent la seule véritable opposition rendant obsolètes les conflits gauche droite classiques. Leur fond de commerce réside dans le projet d’un retour au souverainisme qui rendrait caduque l’hégémonie des pays du nord sur la marche économique suivie jusque là. La preuve que l’austérité n’est pas le seul avenir envisageable, la preuve que la finance internationale n’est pas le deus ex machina qu’elle est devenue, la preuve qu’un état démocratique a encore sa place dans la mondialisation sont les enjeux des mois à venir. Mais plus le temps passe,  plus les instances décisionnelles s’éloignent et le pouvoir des citoyens diminuent. L’alternance c’est maintenant ou jamais.

Frédéric Le Quer