Les femmes turques déconsidérées

Par Mercredi 20 mai 2015 Permalink 6

Les violences faites aux femmes turques sont en croissance constante. La volonté bienfaisante d’Ataturk a pourtant contribué, il y aura bientôt cent ans, à ce que « la femme qui travaille et aide l’homme dans la guerre jouisse de droits identiques ». Déclaration complètement obsolète, leur émancipation juridique et sociale n’est dorénavant plus qu’un lointain souvenir.

L’égalité des droits civiques et politiques entre l’homme et la femme est dans ce pays musulman totalement illusoire. Un fait divers vient encore de le démontrer. Dans la communauté kurde, une jeune femme voulant devenir chanteuse et participant à un jeu de télévision a été abattue d’une balle dans la tête par un ancien petit ami qui voyait dans cette ambition une atteinte à son honneur! Ce n’est absolument pas l’acte d’un déséquilibré puisqu’il a été aidé dans son entreprise par plusieurs de ses relations. La jeune femme n’a que très peu de chances de survie.

Le président Erdogan montre le mauvais exemple en n’hésitant pas à déclarer que l’égalité entre les sexes est « contraire à la nature humaine ». Le retour actuel à la morale religieuse pousse, par petits pas, la société vers un obscurantisme qui au cours du XXe siècle n’était pas dans les habitudes de ce pays. La femme a par exemple le droit à l’avortement depuis 1983. Il est aujourd’hui largement remis en cause car elle est poussée à faire trois enfants pour le bien du pays.

A l’atteinte aux libertés individuelles s’ajoute des faits de violence de plus en plus fréquents alors que seulement un tiers des bourreaux est condamné. Les tenus vestimentaires sont régulièrement épinglées. Un décolleté un peu prononcé entraînera par exemple un licenciement. Le dispositif légal existant, particulièrement avancée pour un pays musulman, était déjà freiné par le religieux. Il est maintenant en train d’être battu en brèche par l’état lui-même.

Les dérives autoritaires et archaïques du parti d’Erdogan qui dirige la Turquie depuis 2002 amènent à voir le féminisme comme un terrorisme. Alors, des centaines de femmes turques sont tuées par leur mari ou leur compagnon chaque année.  Mais le vice premier ministre ne trouve rien de mieux que de leur recommander de ne pas rire à gorge déployée pour « la décence »! Qu’il ne s’inquiète pas! Elles ont de moins en moins de raison de s’amuser…

Frédéric Le Quer