Les épargnants de la zone €

Par Lundi 27 octobre 2014 Permalink 27

L’idée de taxer les épargnants de la zone € de 10% continue de faire son chemin. Le FMI vient de reprendre la proposition à son compte, parle d’une seule et unique fois (certains pensaient surement répéter la spoliation à l’envi!) et l’envisage comme une (la?) solution pour ramener la dette publique à ses niveaux d’avant crise, avant 2007. Les fourmis apprécieront et peut-être devraient elles dorénavant plutôt danser…

La BCE ne peut pas intervenir de façon efficace sur la situation de chacun des pays de la zone €. Leurs intérêts divergent trop, de plus en plus même… Le rêve du gouvernement français d’une politique d’investissement pilotée par la banque centrale a fait long feu. L’attitude de Manuel Valls pour imposer le projet de budget plus prétentieuse que fière, plus effrontée qu’audacieuse, plus insolente que respectueuse vis à vis de ses voisins, a contribué une bonne fois pour toute au refus net de l’Allemagne mais aussi de la Finlande, de l’Autriche et des Pays-Bas de ces grands travaux.

La schizophrénie de la zone € apparaît une nouvelle fois. Les états restent les décideurs en dernier ressort de leur politique économique mais ils ne disposent pas des moyens pour l’entreprendre. Le choix cornélien français, italien ou espagnol réside entre le déficit budgétaire pour maintenir un peu de croissance qu’on aurait atténué avant la monnaie unique par de l’impression monétaire ou, second choix, l’équilibre budgétaire qui est synonyme de récession carabinée dans l’attente hypothétique de jours meilleurs. Le système économique et financier actuel ne fonctionne pas.

L’Allemagne, à l’évidence et malgré des déclarations en France ridiculement sombres sur son avenir, prend un rôle prédominant sur la scène mondiale. Mario Draghi, malgré le soutien des Etats Unis, ne pourra rien entreprendre en Europe sans son aval. Ce n’est pas la soi-disant hégémonie allemande le problème, ce sont ses intérêts nationaux qui diffèrent fondamentalement des nôtres. Une faible croissance mondiale, sans progrès technique majeur, n’appauvrira pas ses concitoyens, son PIB par habitant continuera d’augmenter grâce à sa politique malthusienne. Le rejet de l’immigration turc est très révélateur à ce propos.

La France et aussi les autres pays du sud sont dans un corner. La croissance trop modeste voire nulle, voire négative,  est catastrophique pour la population. Le chômage de masse est forcément explosif.  L’€ est une contrainte de moins en moins supportable pour mener leur propre politique économique. La calamiteuse situation génère des mensonges continuels venant du personnel politique et des médias. Des tactiques, des coups, comme l’accaparement d’une partie des dépôts bancaires ne sont pas tolérables quand un état ne propose aucune stratégie d’avenir pertinente. Ce vol interviendra pourtant probablement pour perpétuer cette classe dominante richissime apatride au mépris d’épargnants, de citoyens encore un temps taxables à merci.

Frédéric Le Quer

27