Les élections en Espagne

Par Lundi 25 mai 2015 Permalink 22

« Avec nous, les gens communs, ceux qui en général n’ont aucun pouvoir politique, social, médiatique, judiciaire, ont eu une opportunité historique », dit la grande gagnante barcelonaise, Ada Colau, une indignée qui lutte contre les expulsions immobilières. Et Barcelone toujours en avance sur les bouleversements politiques de l’Espagne l’a saisie! Mais ailleurs aussi le changement est de taille, y compris à Madrid!

L’intégralité du corps électoral en Espagne, soit plus de 34,5 millions d’électeurs, ont renouvelé les 8.116 conseils municipaux. Parallèlement, 19 millions d’électeurs ont voté pour élire 15 assemblées régionales sur 19. Le Parti Populaire a en terme de voix (27%) remporté les élections mais en perdant toutes ses majorités absolues. C’est en fait un revers sévère. La gauche s’est mobilisée surtout à travers Podemos alors que le PSOE réalise 25% des suffrages. Ainsi deux partis venus du mouvement des indignés, Podemos et Ciudanados obtiennent respectivement 20% et 10% des suffrages exprimés . Mais ces partis n’ont en commun que leur volonté de changer les institutions et de lutter contre la corruption et la fraude fiscale, pour le reste rien n’unit un parti de gauche style Syriza, d’un mouvement aux idées de centre droit. Les régions et les municipalités vont être difficilement gouvernables sans majorité claire.

Les coupes budgétaires, les privatisations mais peut-être surtout les détournements d’argent et la corruption omniprésente ont eu raison hier du bi-partisme existant depuis quarante ans. Le « miracle économique » espagnol tant vanté à Bruxelles est absolument invisible en Espagne! En 2014, le PIB espagnol a péniblement atteint 1058 milliards d’euros, contre plus de 1100 milliards en 2008. La dette publique dépassera les 100% du PIB en 2015 à cause du sauvetage des banques alors qu’elle n’était que de 36,3% du PIB en 2007. Le taux de chômage pendant les 3 ans de gestion du Parti Populaire est passé de 22,85% à 23,78%.

Il est alors normal que les partis européistes prennent une gifle avec comme figures de proue Barcelone et même Madrid si les accords sont bien menés, dans l’escarcelle de Podemos. Quand une austérité pratiquée avec inhumanité est le pendant d’une immoralité généralisée parmi les caciques, que le quotidien El Mundo qualifie de mafia institutionnalisée, le peuple se doit de balayer la classe politique inféodée à l’Union Européenne. Les législatives en Espagne en fin d’année s’annoncent déterminantes concernant le tournant ultra libéral imposé par des institutions supranationales au mépris du peuple.

Frédéric Le Quer