Les conflits sociaux

Par Lundi 16 mars 2015 Permalink 25

Les conflits sociaux s’ajoutent les uns aux autres en France depuis plusieurs mois sans jamais fédérer un mouvement unitaire de grande ampleur. Ils concernent pourtant un large panel professionnel comme les avocats, les notaires, les huissiers, les professions indépendantes, les taxis, les auto-écoles, les chauffeurs-routiers, les médecins, les dentistes…

La grogne revendicatrice a par le passé surtout concerné d’un coté les emplois privilégiés de fonctionnaires dont le risque de mise au chômage était nul, de l’autre des ouvriers d’usine allant être sacrifiés sur l’autel de la rentabilité. Ces mouvements pouvaient être particulièrement durs car si les uns risquaient très peu les autres n’avaient plus rien à perdre. La décence et le danger de voir leurs avantages un jour disparaître voient maintenant les tentatives de certains syndicats de fonctionnaires de mettre le feu aux poudres sans lendemain; l’échec récent du mouvement des cheminots en est un bon exemple. Par ailleurs, la litanie des plans sociaux et la myriade de fermetures d’entreprises finit par démobiliser même ceux qui en sont victimes devenues d’impuissants fatalistes vis à vis de leur propre trajectoire professionnelle.

Donc les revendications qui s’invitent de plus en plus souvent dans l’actualité sont celles de gens qu’on avait en général pas l’habitude d’entendre mis à part les chauffeurs-routiers dont les salaires guère florissants sont par dessus le marché mis en concurrence avec ceux des pays de l’est… Encore une joyeuseté de l’Europe libérale! Donc, hormis eux, la contestation a indéniablement changé, sinon de forme,  du moins dans ses revendications et ses participants. Il est en effet contre intuitif de voir ces professions libérales, ces indépendants de tout poil se heurter frontalement au capitalisme financier qui commande les politiques des pays occidentaux. Pourtant en y réfléchissant il est naturel de voir le travail rémunérateur en conflit avec le secteur de la spéculation et des agioteurs, bref le monde du jeu. Le labeur se rebelle face à la crainte de voir arriver des changements tendant à le fonctionnariser parfois et en tout cas à le fragiliser tout le temps. La recherche de la rentabilité optimale à tous crins parsème indistinctement sa route de victimes allant des plus faibles à ceux qui a priori sont les mieux armés professionnellement. Mais la finance et la bourse ne se soucient que de profits à court terme; ignorantes de la valeur bourgeoise qu’est le travail, elles se focalisent uniquement sur le rendement.

Les nouveaux conflits sociaux montrent l’incompréhension d’une population face à des enjeux qui la dépassent. Les victimes sont incapables de s’organiser, enfermée qu’elles sont dans un chacun pour soi correspondant assez bien aux mentalités de ces professionnels. Possédant souvent des revenus confortables, ils se retrouvent en conflit d’intérêt avec eux-même ne souhaitant en aucun cas voir venir une situation insurrectionnelle qui pourrait mettre à mal leur patrimoine. Le gouvernement peut alors jouer les gros bras à moindre frais!

Frédéric Le Quer