Les catastrophistes

Par Jeudi 27 novembre 2014 Permalink 28

Les catastrophistes, ceux qui voient tantôt des cygnes noirs, oracles chamanistes annonçant des bouleversements imprévisibles, préludes à une grande remise en cause du monde comme il va, tantôt un savant enchaînement de faits prévisibles sont des optimistes ou des cyniques. C’est l’espoir pour les premiers de voir changer les conditions économiques, les systèmes politiques, les rangs sociaux, sa destinée programmée par d’autres et d’un coup modifiée. Pour les seconds la menace d’un drame permet de maintenir tranquille la population.

Chacun depuis 2008 cherche à deviner l’apparition de cygnes noirs dans le domaine économique. La votation suisse du weekend prochain par exemple concernant le rapatriement de son or d’Amérique serait susceptible d’entraîner des conséquences dignes de Lehman Brothers sur le marché de l’or bien sur mais aussi et surtout sur les taux d’intérêts auxquels les états empruntent! Autre exemple avec la création monétaire japonaise; elle est aussi dite constituer une épée de Damoclès sur le monde et la problématique peut se résumer par l’instant tragique où un yen de trop sera créé ex nihilo et abolira toute confiance dans le système financier. L’Union Européenne a aussi ses défis comme une éventuelle dissolution de la zone €, apprise un dimanche soir, sans préparation, avec fermeture des banques pour quelques jours.

Politiquement les catastrophistes sont le plus souvent les dirigeants dont le but n’est pas un chamboule-tout mondial mais à l’inverse le maintien par la peur de l’ordre dans la population. Les tensions internationales sont propices à des scénarios crédibles ou rocambolesques pour la garder sous contrôle, dans l’expectative. Un bel exemple, actuellement avec Poutine, que la presse occidentale diabolise à l’envi, tente de faire passer les russes pour de dangereux envahisseurs alors que les faits têtus par principe montrent l’hégémonie de l’occident qui s’immisce allègrement pour ses intérêts géopolitiques dans les affaires du monde slave.

Le catastrophisme est le bâton utile qui s’abat sur les reins d’un peuple courbé. Mais le catastrophisme, c’est aussi l’espérance, celle qu’un beau jour la classe dominante, sur d’elle, insolente, donneuse de leçon subisse ce châtiment, non pas divin et aléatoire, mais concret,  financier, qui la transportera du pinacle au cul-de-basse-fosse inéluctablement par un événement aux conséquences pour elle cataclysmiques. Le pire pour le moral reste sans doute d’annoncer la permanence d’un monde certes piloté à vue mais en fin de compte parfaitement maîtrisé et en place à perpétuité.

Frédéric Le Quer