Les budgets nationaux et la zone €

Par Lundi 26 octobre 2015 Permalink 5

Alors que l’Europe trucide allègrement, dans la plus entière transparence, son modèle social, économique et culturel, avec l’accueil de centaines de milliers et bientôt de millions de migrants, l’automne qui est la saison des budgets nationaux laisse envisager dans la plus entière discrétion la fin de l’austérité. Mais que fait la police? Que fait l’Allemagne? Weidmann ou Schauble sont étonnamment muets ces temps-ci. Ils ne trouvent d’abord rien à redire à la promesse de Mario Draghi d’une accentuation future du QE. L’orthodoxie monétaire fout le camp! Mais il y a aussi les pays du sud, France comprise, qui sont entrain de se lâcher budgétairement.

En Italie, les promesses de baisses d’impôts se multiplient. Les impôts sur les résidences principales, sur les sociétés, sur le matériel agricole vont diminuer. L’objectif de déficit est porté de 1,8% du pib à 2,2% et la dette publique du coup, la plus importante de la zone €, devrait passer de 130,9% du pib à 131,4%. L’Espagne n’est pas en reste et son projet de budget présente d’après Pierre Moscovici, le commissaire européen aux affaires économiques « un risque de non conformité aux règles aussi bien en 2015 qu’en 2016″. Les objectifs budgétaire de Madrid ne seront de toute façon pas atteints.

Quant à la France deux milliards de baisses d’impôts supplémentaires bénéficieront aux ménages les plus pauvres. Les budgets de l’agriculture, de la défense, de l’enseignement verront leurs crédits augmenter. D’importants fonds sont utilisés pour la crise des migrants. Les effectifs de la fonction publique vont repartir à la hausse. Le logement aussi aura droit à des aides. Il est accordé aux entreprises neuf milliards de baisses de charges et de fiscalité. Tout ça est financé grâce à la baisse des dotations des collectivités locales, aux avoirs des français qui de l’étranger seront, l’espère-t-on en haut lieu, rapatriés en France. Et puis il y a l’alignement des planètes… Autant dire que la surveillance de Bruxelles n’est pas terminée. Les agences de notation baissent d’ailleurs régulièrement la note souveraine de la France avec, par exemple, l’agence Moody’s encore tout dernièrement.

L’austérité fait fuir l’électeur. Le pouvoir étant le Graal du politique, il n’est pas question de continuer sur une voie qui montre qu’à chaque élection le gouvernement sortant est battu. Mais c’est ainsi toute la cohérence de l’union monétaire européenne qui est de plus en plus mise à mal. Une réunion extraordinaire de l’Eurogroupe est prévue le 23 novembre pour discuter des budgets nationaux. Si ces dérives sont actées, elles représentent les prémices d’un éclatement inéluctable de la zone €.

Frédéric Le Quer