Les agriculteurs dans la mouise

Par Vendredi 4 septembre 2015 Permalink 25

Les agriculteurs sincères qui ont hier défilé faisaient de la peine. Au coté des tracteurs financés par les multinationales de la filière agro-alimentaire, ils se battaient pour vivre de leur métier. Le gouvernement a encore tout promis: des milliards (mais où va-t-il trouver tout cet argent entre les baisses d’impôts et le recrutement forcené d’enseignants?), une restructuration de leur dette, une pause dans les normes environnementales. L’important était qu’ils rentrent chez eux au plus vite sans faire d’histoire.

Mais ces agriculteurs ont depuis des décennies suivi la bonne parole de la FNSEA s’enthousiasmant pour les grandes exploitations, l’industrialisation du métier, Bruxelles et la mondialisation. Ils y ont cru aux stages sur la financiarisation de leur travail avec suivi des cours de bourse comme des traders et utilisation du système des ventes à terme pour optimiser leurs revenus! Ils ont cru ainsi entrer dans la modernité; ils sont en fait devenus des marionnettes aux mains de forces les dépassant complètement.

Comme la crise de la dette actuelle où la solution trouvée est toujours plus de dette, on veut régler le problème des prix bas agricoles par toujours plus de production. Et tant pis pour le travail supplémentaire qui en résultera, tant pis pour l’environnement qui malgré les grandes phrases du chef de l’état à fond sur le sujet jusqu’à décembre prochain, sera encore sacrifié, tant pis pour les animaux et leur bien être dont tout le monde se fout. Depuis bien longtemps on ne voit plus de coquelicots dans un champs de blé, depuis bien longtemps une truie ne connait sa vie durant que la lumière du néon, depuis bien longtemps les cancers chez les agriculteurs de plus de 60 ans sont légions, depuis bien longtemps le taux de suicide de la profession est très élevé.

Il existe des solutions comme le bio ou les circuits courts. Il est possible de se valoriser intellectuellement en reconsidérant ce qui est produit dans une logique paysanne pleine de fierté pour le travail accompli. Hier c’était juste une histoire de pognon et à ce petit jeu ces agriculteurs ne sont pas près de voir le bout du tunnel.

Frédéric Le Quer