Les aberrations du système agricole en Europe

Par Mardi 21 juillet 2015 Permalink 18

 

Les aberrations du système agricole ponctuent depuis longtemps la vie des campagnes. Après les avoir poussées vers leurs ultimes conséquences, quelque soit l’angle par lequel on observe, les agriculteurs manifestent, se manifestent bruyamment et comme à leur habitude, bientôt violemment.

Il n’est plus question de continuer à augmenter les subventions agricoles qui représentent déjà  120 à 150% du revenu des éleveurs par exemple. Mais en supprimant les quotas l’Union Européenne laisse s’effondrer le monde paysan français dont les coûts de production sont 20% plus élevés qu’en Allemagne et en Espagne. Les normes de production plus drastiques chez nous ou les salaires plus élevés, le smic allemand ne concerne pas les ouvriers agricoles, rendent, dans un contexte européen plus libéralisé que partout au monde, l’issue forcément fatale. Faire payer plus cher des produits français dont personne n’est convaincu qu’ils sont meilleurs qu’ailleurs n’est pas une solution.

C’est encore un cas où l’ouverture naïve des frontières alignera, à court terme, toute une filière sur le plus petit dénominateur commun au niveau social, au niveau écologique et même au niveau du traitement barbare de l’animal. L’ultra libéralisme européen tue à petit feu la première puissance agricole européenne. La dérégulation en partie voulue  par nos agriculteurs est la cause principale de leur malheur. Après avoir été la proie des banquiers qui l’endette des décennies pour des machines toujours plus coûteuses, le monde paysan est victime des marchés internationaux avec par exemple le prix du lait fixé par des multinationales néozélandaises. Les exploitations sont devenues la chair à canon d’une guerre des prix au niveau mondial dans une UE guidée par son idéologie qui rejette à l’inverse des autres pays du monde tout protectionnisme.

Mais malgré cette situation structurellement calamiteuse, l’inconséquence  écologique dont fait preuve le secteur agricole empêche de s’apitoyer vraiment sur son sort. La Bretagne, entre autres régions, depuis des années, méprise le sol sur lequel elle élève et cultive. Les émissions d’hydrogène sulfuré rejetées par les algues vertes qui ont envahi les baies est la faute de la façon de travailler des éleveurs. Au lieu de chercher à diminuer le taux de nitrates, les algues décomposées sont récupérées, étalées dans les champs et retournent dès qu’il pleut vers la mer en passant par les rivières! Odieux système dont se repaissent des individus dont la bêtise détruit cette province. Dans la nov’langue, l’expression agriculture raisonnée est employée pour ne pas stigmatiser les imbéciles pour qui le mot intelligence est un Everest inaccessible; sans doute faudrait-il mettre les points sur les i…

Le   métier d’agriculteur exercé par des gens qui n’ont pas su discerner les voies mortifères dans lesquelles ils s’engageaient, a sombré à cause de cette volonté grotesque de mettre partout de la modernité. Heureusement et pour une fois, le tableau n’est peut-être pas si noir car de plus en plus de paysans attirés par l’amour de la terre et un engagement presque philosophique pour leur travail reprennent les rênes d’un noble métier. Ce sont eux qu’il faut aider.

Frédéric Le Quer