Législatives au Portugal

Par Lundi 5 octobre 2015 Permalink 21

Avec les élections législatives au Portugal d’hier, l’Union Européenne pourra continuer comme si de rien n’était. Record d’abstention battu à chaque élection, éparpillement de voix chez des électeurs qui ne savent pas vers qui se tourner, majorité parlementaire qui viendra de petits arrangements entre amis, mais les européistes resteront aux affaires en claironnant qu’ils ont gagné pendant que le peuple, la ceinture toujours serrée, subira les scandales de corruption, ébahi par les chiffres dont il sera question.

Après la révolution des œillets seulement 8% des électeurs s’abstenaient. Mais l’espérance démocratique a fait long feu; ils sont passés en quarante ans à plus de 43%! Le taux d’abstention a monté à chaque consultation. Ce qui ne se verra pas non plus politiquement du fait du mode de scrutin, c’est le très important score de l’extrême gauche anti austérité, créditée de 20% des voix. Parce que l’austérité, les portugais en ont une idée précise: toute législation protectrice pour les travailleurs est annulée,  les fonds de pension ont été récupérés au profit des sociétés privées, tous les services publics lucratifs ont été privatisés, les politiques fiscales ont été rendues plus inégalitaires avec diminution de l’impôt sur le revenu et augmentation de la TVA. Et puis il pourrait être aussi mentionné le secteur agricole. Ne poussent plus au Portugal que des Eucalyptus pour l’industrie du papier; le pays se dirige vers la monoculture pour l’exportation et importe ses produits alimentaires. L’écologie est décidément appréhendée en Europe comme une foutaise!

Et tout ça pour obtenir une légère croissance en 2014 mais avec un PIB encore bien en-dessous de ce qu’il était avant la crise, une émigration continue des citoyens avec près de 500 000 départs en 4 ans pour un pays de dix millions d’habitants, une dette publique proche de 130% du PIB, soit l’une des plus élevées d’Europe. Quant aux faits de corruption les enquêtes concernant des trafics d’influence, des détournement de fonds ou du blanchiment de capitaux sont monnaie courante. Le scandale de la banque Banco Espirito en même temps qu’il mouille le monde de la finance européenne et particulièrement française et une partie de la classe politique portugaise, a ruiné entièrement de petits épargnants.

Ces élections qui montrent un statu quo cachent le malaise de la population. L’absence au Portugal d’un parti dit populiste permet aux agences de notation internationales de mieux l’évaluer. Mais pour les portugais eux-mêmes, ce n’est certainement pas un avantage!

Frédéric Le Quer