L’eau, un droit humain fondamental

Par Samedi 27 février 2016 Permalink 20

Le droit à l’eau équivaut au droit à l’autonomie alimentaire. Le président du groupe Véolia s’est plaint hier du doublement des impayés concernant les factures d’eau, soit environ 1,4%, suite à l’interdiction qui est faite aux grands groupes de couper l’approvisionnement. La loi se base en France sur le principe du droit humain fondamental reconnu internationalement mais dont la portée est à l’origine bien différente du simple accès à l’eau potable au robinet dans un pays riche.

Les dégâts planétaires dus à l’accélération de toutes les activités d’exploitation des ressources naturelles, en particulier de l’eau à échelle industrielle ont amené les populations concernées à essayer de combattre les multinationales qui sans respect de l’environnement extraient l’eau des rivières et surtout des nappes phréatiques (c’est moins voyant) en quantité ahurissante. Par exemple une mine au Mexique utilise 418 millions de litres d’eau par jour! (chiffre France Culture, émission Terre à terre). Dans l’Alberta au Canada, pays riche en eau, s’il en est, l’industrie pétrolière pense que dans 10 à 20 ans avec la fracturation hydraulique pour les gaz bitumineux ou plus classiquement avec le nettoyage de minerais comme le charbon, l’état connaîtra une pénurie d’eau… En revanche dans un pays pourtant fier de la richesse de son sous-sol, la population algérienne a su se mobiliser pour surseoir à l’exploitation du gaz de schiste dans le Sahara: la fracturation hydraulique devait se faire avec des aquifères (nappe phréatique à faible profondeur) dont l’eau, venue au temps où la région était encore une forêt, n’est pas renouvelable.

Dans les communautés locales, la question de l’eau est d’une importance vitale pour les agriculteurs et les pêcheurs. Les problèmes de pompages pour l’industrie se transmettent en aval sur des centaines de kilomètres. Des barrages miniers mal entretenus qui s’effondrent remettent en cause l’accès à l’eau potable de toute une population. Mais les multinationales nient les effets de la surexploitation de l’eau, ne reconnaissent pas les problèmes de pollution profitant de l’absence d’étude avant exploitation (comparaison avant-après) pour ne pas admettre leur responsabilité de pollueurs. Les études d’impact environnemental sont réalisées à travers le monde par les entreprises minières et les gouvernements jugent ensuite du bien fondé de l’exploitation sur ce travail! Et une fois que la multinationale a ses autorisation plus rien n’est possible sans passer devant un tribunal arbitral international qui jugera en fonction du manque à gagner de l’entreprise et non du manque à gagner en ne maintenant pas un environnement respectable…

La reconnaissance de l’eau comme un droit humain fondamental induit une condamnation de son exploitation au meilleur prix sans souci de sa pérennité au profit de la prospérité des plus riches. La distribution d’eau en France n’aurait jamais du être privatisée mais rester à la charge de la communauté. Mais de là à laisser les gens ne pas payer un service qui coûte à toute le communauté, il y a une marge qui avec toutes les aides qui existent n’aurait pas dû être franchie par l’interprétation outrageusement extensive du droit à l’eau.

Frédéric Le Quer