Le triste anniversaire du référendum de 2005

Par Vendredi 29 mai 2015 Permalink 18

« Nation française, tu n’es pas faite pour recevoir l’exemple, mais pour le donner », s’enthousiasmaient les révolutionnaires de 1789. Il y a dix ans jour pour jour, les citoyens donnaient cette exemple à toute l’Europe en votant largement NON au référendum sur le projet de constitution européenne.

Ils étaient très vite suivis par les hollandais dans leur refus. Le parti socialiste et l’UMP se moquèrent de ce choix, ridiculisèrent les votants et commirent un déni de démocratie. L’époque n’était pas à la révolution, le peuple courba la tête et il continue à se soumettre.

Mai 68 est aujourd’hui beaucoup critiqué bien qu’il représente la dernière prise de conscience citoyenne. Ce moment est accusé d’avoir rendu possible tous les maux de notre société. C’est certainement une erreur: les jeunes insurgés n’ont pas voulu la suite mais à cause de cette révolte qui a effrayé les caciques, ces derniers ont organisés le pays tel qu’il est maintenant. En achetant les leaders, ils en ont fait des nouveaux convertis au capitalisme mondialisé et comme c’est souvent le cas, ils sont devenus plus royalistes que le roi! Mais le mouvement à son origine se voulait épidermique en même temps qu’intellectuel, en un mot français.

Les insurrections populaires sont une respiration régulière dans l’histoire de France depuis des siècles, une salutaire remise en cause de ceux détenant le pouvoir. Elles étaient devenues inacceptables pour la nomenclature qui décida de changer la France. Ce n’est pas 68 qui a amené la dislocation du pays, c’est la réaction d’une extraordinaire violence psychologique à cet épisode qui a détruit la nation.

Forts de ce résultat les dirigeants se croient maintenant tout permis, n’ayant plus peur de l’imprévisible « populace ». Ils continuent à la laisser voter pour sauver les apparences mais concernant les référendums le coup de grâce a été porté: trop compliqué de se dépêtrer de la réponse dont, de toute façon, on ne tiendra pas compte!

Les assauts contre la souveraineté populaire se multiplient  et se multiplieront tant que la nation ne sera pas redevenue politique. Prise de conscience et révolution interviendront simultanément à condition que ce gène français de la contestation ne soit pas irrévocablement étouffé. La suite donnée au référendum de  2005 montre que l’affaire est presque perdue. Mais de ce « presque » peut jaillir l’espoir d’une renaissance, la croyance qu’un jour, comme déclara Mirabeau « nous recommencions l’histoire des hommes ».

Frédéric Le Quer