Le travail empoisonne

La décrépitude des syndicats montre à quel point plus personne n’ose évoquer en matière de travail le fameux « saut qualitatif » notion chère à Kierkegaard, celle qui permettrait d’éviter le suicide, le burn out, ou simplement l’angoisse d’aller au boulot. L’essentiel, désormais, pour l’individu est d’avoir un emploi, quel qu’il soit, pour ne pas se situer dehors de la société et ce, au prix de perdre sa vie à la gagner.

Le socialisme, concernant le bien-être, n’est plus une alternative. S’il a pu représenter en 36, en 81 à la rigueur, une proposition de vie meilleure pour les salariés, au moins, il s’est perdu, dirigé par des énarques, dans les statistiques mortifères, dans les courbes plongeantes d’économistes à redresser au forceps, dans les prévisions chiffrées toujours démenties, en perdant de vue l’essentiel, la qualité de vie. Alors entre les gens en position d’être « actifs » sans l’être, dix millions environ, et ceux qui sont malheureux dans leur emploi, les temps modernes loin de représenter une chance pour le citoyen deviennent une servitude dans laquelle s’engouffre, n’ayant pas d’autre choix, une population désabusée, portant sa croix ici-bas, sans héraut pour la représenter et vouée à l’accomplissement de taches dont l’intérêt réside dans la plus-value qu’elles génèrent pour ceux qui les exigent.

La chance de voir réaliser le mythe du travail pénible effectué par des robots et dégageant du temps pour les humains n’aurait de réalité que dans le cadre d’une politique malthusienne, celle pratiquée par exemple au Japon. En France ce genre d’idée est politiquement incorrect et toute la bien-pensance médiatique tombera à bras raccourci sur celui qui l’invoquerait comme une éventualité à considérer. Alors au lieu de laisser la population diminuée naturellement on se heurte à son penchant en la forçant à augmenter par l’afflux d’immigrés. Ici le quantitatif avec beaucoup de chômeurs et des emplois dégradés est privilégié par rapport au qualitatif. Des économistes n’hésitent pas à justifier cette situation par un besoin d’emplois de service à la personne, relativement peu qualifiés que seuls seraient capables d’effectuer les ressortissants d’Afrique habitués à la famille élargie et donc à soigner le grand-père! On est au niveau zéro de l’argumentation scientifique!

Les rapports sur ce que seront les métiers dans l’avenir, toujours optimistes, sont évidemment là pour faire oublier le présent qui montre implacablement que les conditions de travail se dégradent à cause de l’inquiétude du chômage qui met l’individu qui n’a que sa force de travail pour survivre en position de faiblesse, en position d’infériorité. Plus il y aura de bras et de cerveaux, car ne nous y trompons pas, l’intelligence sera bradé avec les progrès de la robotique, moins notre société sera vivable. aussi bien au point de vue écologique que matériel.

Frédéric Le Quer