Le style Transition

Par Dimanche 26 avril 2015 Permalink 12

De 1760 à 1780, des meubles et des sièges apparaissent dont les formes tendent à remettre en cause la féminité du style Louis XV sans pour autant complètement épouser le coté robuste et vigoureux du style Louis XVI. C’est le style Transition qui n’a rien à voir avec une éventuelle vacance du pouvoir entre les deux rois, car l’un succède immédiatement à l’autre en 1774 mais correspond à une juxtaposition qui verra ce style fabriqué sous l’un ou l’autre règne.

Il est rarissime de voir un même meuble emprunté à deux styles différents. C’est pourtant ce qui arrive avec le style Transition où sont associés le néo-classicisme, ou le style à la grecque comme on disait à l’époque, au rocaille avec des courbes et des galbes assagis. Il se révèle dans les sièges, les commodes, les bonheurs-du-jour, les chiffonnières alors que les consoles ou les bureaux plats sont rarement concernés par cette mutation.

Les sièges correspondent à un mobilier qui se satisfait particulièrement de ce style avec des formes encore légèrement ondulées partout ou juste à un endroit, par exemple sur les consoles d’accotoirs, et une beaucoup plus grande sobriété dans les décors. Citons comme menuisiers les plus remarquables Delanois, Heurtaut, Boucault, Gourdin, bien sûr le célèbre Georges Jacob, mais aussi Pluvinet, Boulard, Avisse, Lebas, Chevigny, Blanchard…

Dans les meubles d’ébénisterie, l’harmonie entre les courbes rocailles et les motifs néoclassiques a été difficile à trouver pour bon nombre d’artisans. Les décors évoluent plus vite que les formes. Cubes, cercles entrelacés, damiers, quadrillages à fleurettes (marquetterie à la reine), corbeilles de fleurs, trophées de chasse ou de musique font très vite leur apparition sur des modèles de conception purement Louis XV. La commode est le meuble par excellence du style Transition. Deux grands tiroirs sans traverse et des pieds galbés suffisamment robustes pour supporter la caisse forcément assez massive la caractérisent. Les décors manquent parfois d’homogénéité et s’accordent mal avec les lignes néoclassiques. Les bronzes se font discrets.

Pourtant l’excellence, le génie même se découvrent  dans les deux plus grands ébénistes du style transition que sont Jean-François Oeben et son beau-frère Roger Vandercruse, dit Lacroix. Leur personnalité s’est parfaitement épanouie dans le style Transition.Leurs marqueteries comptent parmi les plus remarquables du XVIIIe siècle.

Concernant les prix, une paire de chiffonnières d’époque Transition estampillée de Roger Vandercruse ( RVLC) vient d’être évaluée entre  200 000 et 250 000 euros.

Frédéric Le Quer