Le quatrième pouvoir en question

Par Mercredi 3 mai 2017 Permalink 3

Le débat hyper médiatisé entre Emmanuel Macron et sa challenger Marine Le Pen se déroule ce soir dans un contexte où la liberté de la presse est remise en cause non seulement par ceux qui la détiennent, mais aussi simplement par ceux qui la font, i. e. les journalistes qui dans leur immense majorité se plient avec docilité aux idées de leur patron. « Reporters sans Frontières » reconnait que « la mainmise d’une poignée de milliardaires sur les médias s’est accentuée, aggravant ainsi la dépendance de certains groupes de presse aux pouvoirs économiques. Le risque de conflits d’intérêts n’a jamais été aussi grand, fragilisant d’autant plus l’indépendance des journalistes. » Mais les journalistes réclament-ils vraiment une véritable indépendance ou préfèrent-ils continuer à avoir un job qui les rémunère grassement? La réponse est dans la question…

Vincent Bolloré n’a jamais caché qu’il s’impliquerait dans la ligne éditoriale de Canal +. Les journalistes et animateurs que le groupe Vivendi embauche, sont les relais des idées et des intérêts de leur boss. Partout ailleurs, c’est pareil; si le journalisme d’opinion existe encore, c’est celui de la pensée unique, par définition inique! Les opinions divergentes ne se déploient plus que « dans certaines rédactions qui échappent encore à l’influence des oligarques.” Notons Valeurs Actuelles ou Causeur, systématiquement dénigrés par leurs confrères mais qui échappent avec acharnement au conformisme des idées diffusées partout ailleurs. On ne voit pas très bien pourquoi Emmanuel Macron, le très probable prochain chef de l’Etat que toutes les télés vont déclarer immédiatement vainqueur du débat de ce soir, se saisirait de « la question de l’indépendance éditoriale » soulevée par « Reporters sans Frontières » en prenant des dispositions contraignantes « sur le sujet afin de renforcer la confiance du public dans ceux qui l’informent ». Macron est un produit marketing créé par ces milliardaires et leurs médias à qui il devra tout. Attendons nous plutôt à une presse de plus en plus aux ordres de ces capitalistes, soutiens du futur pouvoir!

Il reste les chaines publiques, me direz-vous… D’abord, elles sont aux services du gouvernement et non des téléspectateurs ou auditeurs, et en plus beaucoup de leurs émissions sont produites par un de ces milliardaires s’accaparant les médias. Qui n’a jamais regardé l’émission sur France 5 « C dans l’air » par exemple? Et bien, c’est le groupe Lagardère qui la finance!

La concentration des médias est contraire à la déontologie journalistique. Elle créée un trafic d’influence dans l’intérêt exclusif des investisseurs privés. La presse n’est plus qu’un relais du pouvoir économique servant à la mise en place de pouvoirs législatif et exécutif subordonnés à celui-ci. Le quatrième pouvoir se situe dorénavant incontestablement sur le web.

Frédéric Le Quer