Le peuple se joue des « élites »

Par Vendredi 1 juillet 2016 Permalink 3

Le journal anglais, le Daily Mail, se permet ce matin un raccourci avec l’histoire en titrant sur les heures sombres de la Grande Bretagne (Britain’s Darkest Hour) lors de la terrible bataille de la Somme, il y a cent ans durant lesquelles le peuple s’était mobilisé. L’allusion osée est évidente avec le psychodrame politique vécu actuellement. Tout le monde mésestima le peuple et son patriotisme dans l’affaire du Brexit. L’ensemble des dirigeants croyaient au maintien dans l’UE et personne n’a élaboré un plan B.

Plus que la sortie du Royaume Uni de l’Union Européenne c’est sa complète impréparation qui crée cette panique dont les dirigeants à travers l’Europe sont saisies. Cette absence de vue prospective vient de leur méconnaissance du peuple, de la fracture qui s’élargit entre la population et ses « élites » mondialisées pour qui la nationalité a de moins en moins d’importance. Hélas pour ces dernières, les gens en sont restés à un patriotisme cocardier comme le foot en témoigne à chaque rencontre internationale. On ne peut pas vouloir faire crier aux supporters « Allez les bleus, « allez la Mannschaft », « allez la squadra azzura », etc et s’étonner après qu’ils soient particulièrement sourcilleux sur le front de leur indépendance ou de leur identité. Nos multinationales ne peuvent pas vouloir gagner à la fois sur la vente des produits dérivés liés au chauvinisme et vouloir que les gens n’aient plus de patrie.

Alors, cette incohérence une fois soulignée provoque les crises de nerfs auxquelles on assiste actuellement, aussi bien chez les soi-disant flegmatiques britanniques que chez les adorateurs du dieu Bruxelles. Mario Draghi stabilise le marché action qui est le plus regardé et pousse la crasse vers le marché des obligations souveraines. Jamais un pays comme la France n’a emprunté avec un taux aussi bas. Autrement dit, jamais les OAT ne valurent si chères. Mais qui peut croire que la France ne s’est jamais si bien portée puisque en fin de compte c’est de cela qu’il s’agit? Personne n’y croit évidemment mais l’investisseur a peur de l’économie et de la finance mondiales. Il n’a pas confiance en l’avenir et engage son argent pour le moins longtemps possible là où les volumes sont les plus élevés pour pouvoir se désengager en un clic. Les banques européennes effraient. En moins d’un an beaucoup d’entre elles ont perdu la moité de leur valeur, y compris les françaises. L’or et l’argent montent fortement.

Le peuple comprend que toute cette panique n’est pas la sienne. Mieux, il se réjouit de la crise de nerf des ploutocrates qui ont bien plus à perdre que lui, malgré ce qu’ils cherchent à faire croire. La revanche des sans grade a sonné.

Frédéric Le Quer

PS: voir article du 16 janvier 2015 http://politiqart.com/les-elites-touchent-fond/