Le mobilier d’argent

Par Dimanche 27 juillet 2014 Permalink 19

Si on souhaite parler de mobilier français le plus naturel est de commencer par le plus extraordinaire en évoquant le style Louis XIV, celui du début du règne car ce qui existe à ce moment de plus glorieux, de plus triomphant, de plus excessif est en argent massif!

La débauche de luxe des orfèvres de l’époque nommés Ballin, Delaunay son élève, Cousinet, Loir ou Pierre I Germain, tous influencés par Raphaël ou Poussin (excusez du peu!), est inégalée. Les tables, les torchères surmontées de girandoles, les canapés, les fauteuils, les tabourets, les caisses à orangers, les vases sont des chefs-d’œuvre de ciselures, décorés à la gloire du roi dans ce matériau précieux. Les myriades de bougies créent des reflets lumineux devant lesquels le visiteur s’extasie! Aux belles années des Gobelins et de la Galerie du Louvre de 1668 à 1689, à l’époque où les commandes royales atteignent leur paroxysme, une littérature hagiographique, concernant les orfèvres, participe à leur renommée. Les grands seigneurs du royaume conquis et impressionnés cherchent à se meubler de la sorte. Quelques chiffres: deux cents pièces à Versailles dont certaines tables de la galerie des Glaces pèsent plus de trois cents kilos et plus de vingt tonnes d’argent massif utilisés à la confection du mobilier.

Cette magnificence est aussi l’instrument de l’art de la représentation du pouvoir. L’épisode fameux des ambassadeurs de l’important royaume de Siam à cette époque fait flores: ceux-ci, éberlués par ce qu’ils voient, partent à la fin de l’entretien avec le roi respectueusement à reculons sur toute la longueur de la galerie des Glaces à Versailles!

Dynamiser l’industrie, faciliter la circulation sont les objectifs majeur de Colbert. Partant du principe que les dépenses qui encouragent l’industrie enrichissent l’état, le contrôleur général des finances incite les manufactures à se multiplier dans le royaume.

Les dessins de Lebrun nous laissent des traces de cette fabrication. Quelques cours étrangères concervent des ensembles plus modestes. C’est tout car des conflits vont terriblement appauvrir le trésor public. Le Pelletier, le nouveau ministre, ordonne que tous les meubles en argent massif assez nombreux chez les grands seigneurs soient portés à la Monnaie pour être fondus et transformés en espèces sonnantes et trébuchantes pour remettre les finances à flot et ainsi assumer les frais de la guerre de la ligue d’Augsburg suite à la révocation de l’édit de Nantes et aux désirs du roi d’étendre le territoire du pays au-delà du Rhin. Tous ceux qui possèdent des meubles d’argent sont sommés de les détruire. Louis XIV donne l’exemple, peut-être aussi, un peu, parce que la mode est passée. Quoiqu’il en soit il en résulte une inutile destruction d’un patrimoine à jamais disparu!

Un grand acte de vandalisme vient de s’accomplir, en cette année 1689, qui sera poursuivit au moment de la guerre de succession d’Espagne en 1710. A la mort de Louis XIV la France n’en connaît pas moins une crise financière sans précédent que les deux fontes successives, ayant rapportées bien moins qu’espéré, n’ont pu régler. La régence aidée du banquier John Law la résorbera d’une manière bien différente… En ruinant les épargnants par l’utilisation du papier-monnaie!

 

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