Le duel Macron Ghosn

Par Mercredi 4 mai 2016 Permalink 3

Emmanuel Macron fait semblant de vitupérer contre la rémunération de Carlos Ghosn pour se prévaloir de l’opinion publique. Notre ministre de l’économie n’est pas devenu socialiste. Un différend oppose les deux hommes depuis au moins l’année dernière. Les 7 millions d’€ accordés au PDG de Renault Nissan par le conseil d’administration contre l’avis des actionnaires sont une occasion donnée au ministre pour s’attaquer au PDG dont les revenus sont parmi les plus importants de l’industrie automobile.

Le gouvernement a en 2013 eu la velléité, comme d’habitude, de donner aux actionnaires le droit de s’opposer à la rémunération de leurs dirigeants quand celle-ci est astronomique. C’est ce qui se passe au Portugal, au Danemark et même en Suisse. Nos socialos ont renoncé. Mieux, cet été, grâce à l’esprit fertile d’Emmanuel Macron, le gouvernement a fait voter une loi particulièrement avantageuse pour les bénéficiaires concernant la distribution d’actions gratuites. Immédiatement sollicitées, les assemblées générales ont validé la distribution de 1,6 milliards d’actions gratuites aux dirigeants! Oui, on compte en milliards chez ces gens là! Ces rémunérations des patrons des grosses entreprises sont si exagérées que le fonds souverain norvégien (le plus important au monde) a décidé d’exiger la limitation des hauts salaires! Alors quand Emmanuel Macron s’offusque de ce que gagne Carlos Ghosn, il joue les Tartufe!

L’histoire se joue ailleurs. Renault recule face à Nissan sur tous les terrains, mais Renault continue de contrôler le japonais qu’il a acheté en 1999 en quasi faillite. Ghosn a cherché à éviter que l’état français n’ait un droit de vote double lui donnant un droit de veto sur les décisions du consortium. Le ministre a alors décidé en riposte que la France monte au capital de Renault au plus cher l’année dernière, ce qui  laisse d’ailleurs à l’état une inconfortable moins value, mais il a conservé son droit de veto sur tout ce qui est stratégique, i.e. sur tout ce qui compte, histoire de ne pas désespérer Billancourt, et Nissan n’a pas eu les droits de vote qu’il revendiquait. Carlos Ghosn a échoué mais sa tentative de squeezer l’actionnaire historique a coûté beaucoup d’argent à la France.

Le fond du problème ne se situe donc pas au niveau de la rémunération du Franco-Libano-Brésilien de 61 ans. Il en va de ce que le gouvernement estime être son intérêt dans une entreprise pas tout à fait privée. Carlos Ghosn a choisi le camp nippon et favorise plutôt Nissan. Les relations détestables entre les deux hommes font le reste.

Frédéric Le Quer