Le dossier grec, les médias, l’opinion publique

Par Mardi 7 juillet 2015 Permalink 25

L’évolution de la mise en perspective pour les populations du dossier grec révèle assez clairement que quand on parle d’information il faut comprendre propagande. Malgré elle, c’est la deuxième fois en moins de six mois que les journalistes, payés à partir des années 90 par des capitaines d’industrie apatrides, mangent leur chapeau avec l’élection de Syriza fin janvier et le non au référendum début juillet.

La constante est le discrédit jeté imperturbablement à l’encontre des dirigeants élus démocratiquement. A en croire la pelleté d’économistes qui se répandent dans les médias, tout s’arrangeait en Grèce à la fin de 2014. Pour remettre les pendules à l’heure il faut rappeler qu’ici même en commençant l’article appelé « Grèce la pestiférée » du 15 décembre nous écrivions: « Les citoyens grecs et les petites et moyennes entreprises du pays risquent de profiter d’élections présidentielles sans résultat au parlement pour ne pas s’acquitter des impôts importants à régler d’ici la fin de l’année! Cette crainte à elle seule montre l’état de décomposition du pays… »!

Si début janvier une campagne contre Alexis Tsipras fut tentée à l’internationale, le lendemain de son élection il était expliqué qu’il ne pourrait absolument rien changer au cours des choses et qu’il se soumettrait aux exigences européennes. Un procès pour fausses promesses électorales lui était intenté dès qu’il commença à diriger le pays. Et puis, la psychologie féminine fut appelée à la rescousse. Les plumes de quelques rombières du 7e arrondissement sévissant au Monde, à L’Obs, au Point, sur Europe 1 ou BFM, soyons précis, apparaissant partout, expliquèrent que le premier ministre grec aimait tellement parler avec François Hollande ou Angela Merkel que jamais il n’irait jusqu’au bout de ses idées pour  continuer à parader entre chefs d’état! Joli transfert qu’elles faisaient là, incapables d’imaginer un peu d’altruisme dans une carrière…

Depuis les dix derniers jours, l’angle d’attaque a fait un virement à 180°. D’abord pendant la courte campagne référendaire, le pire était pronostiqué en cas de victoire du non. L’état du pays et son avenir furent dramatisés à l’extrême, la situation des grecs, noircie à l’envi, devait tirer des larmes de pitié aux spectateurs européens en faveur des citoyens hellènes et des rictus haineux à l’encontre de ses dirigeants. Des actions comme l’habituel bidouillage des sondages essayèrent d’emmener l’opinion publique où l’Europe de Bruxelles et ses aficionados souhaitaient qu’elle aille. Peine perdue! Alors depuis lundi, la sortie de la Grèce de la zone € est minimisée pour en faire un non événement économique. La petitesse du pays est mise en exergue et ses dettes comptabilisables à la St-Glinglin, soi-disant, ne menacent plus rien. Par ailleurs, le grec est débrouillard et la vie continue… Si certains maladroits mentionnent le risque de contagion, c’est pour s’en offusquer car considéré officiellement comme impensable tant les bienfaits des politiques de rigueur au Portugal, en Espagne, en Irlande sont grands!

L’Union Européenne ne conçoit la démocratie qu’au travers la pensée unique. Le choix de plus en plus l’horripile et elle se crispe à l’idée de sa remise en cause, consciente de l’absence de crédibilité dont elle est la juste victime. Le passage en force est dorénavant sa ligne suivie avec l’appui des médias. Cette stratégie a vocation à être sanctionnée à chaque élection dans tous les pays européens. Le match argent contre opinion publique commence vraiment maintenant…

Frédéric Le Quer