Le consensus médiatique

Par Samedi 19 septembre 2015 Permalink 15

Le consensus médiatique concernant tous les sujets politiques, économiques et sociaux est un horrible couvercle pesant sur la liberté d’expression et du coup la liberté tout court.  La presse a le même avis sur tout, se différenciant à la marge, sur des broutilles mais restant unanimes sur l’essentiel. Aucun réel clivage n’existe d’ailleurs avec l’information venant du service public.

Les oligarques, comme on nomme dorénavant les détenteurs des journaux et télévisions privés, rachètent l’ensemble de la presse française. Ces hommes d’affaires investissent leur argent afin d’avoir la maîtrise sur l’opinion publique. Certains souhaitent à terme gagner de l’argent. Des gens comme Patrick Drahi licencient à tour de bras et placent des hommes de confiance, tel Bernard Mourad, aux postes clés ce qui leur évitent d’intervenir directement sur les contenus éditoriaux. D’autres, comme Vincent Bolloré décident des reportages qui peuvent être diffusés ou non dans les médias qui leur appartiennent. Par exemple un sujet sur le Crédit Mutuel réalisé à Canal+ s’est vu récemment interdit d’antenne sous le prétexte que le groupe Bolloré travaillant avec cette banque n’a aucun intérêt à la critiquer. Alors les journalistes qui comme tout le monde tiennent à leur emploi, s’autocensurent allègrement, cherchant à deviner ce qui plaira ou ne plaira pas afin d’être le mieux vu possible.

Tout ceci est humain, trop humain… Dénier le droit à un propriétaire de faire de son entreprise ce qu’il veut serait une aberration. Ne pas comprendre des hommes et des femmes qui veulent se faire bien voir de leurs supérieurs pour ne pas finir à Pôle Emploi serait aussi très naïf. Mais dans ses conditions il serait normal qu’avant chacune des interventions de ces journalistes omniprésents à la radio ou à la télévision, le public sache non pas le journal ou travaille l’intervenant puisqu’ils se ressemblent tous mais simplement le nom de l’oligarque qui tient la laisse.

Evidemment, il n’y a pas non plus grand chose à attendre du service public. Les hommes d’état, dans les mains des multinationales ne risquent pas de faire entendre une petite voix divergente et les journalistes s’alignent sur la doxa dominante, participent à celle-ci. Éventuellement, parfois, l’un d’entre eux fait entendre une opinion osée au détour d’une chronique, à la radio, jamais à la télé. L’auditeur attentif en saisira le sel. La liberté de parole dans les grands médias se contente de quelques traits allusifs dans l’espoir de ne pas s’user. Mais de fait, comme dans n’importe quel pouvoir totalitaire, elle est réprimée. La différence est que physiquement personne ne risque rien et que la pression est financière et ça revient au même!

On a longtemps critiqué la télévision et la radio sous De Gaulle. Mais les journaux pour contrebalancer étaient à l’époque aux mains d’hommes de presse et non d’investisseurs, évitant alors le pesant consensus médiatique. Et puis surtout les programmes tendaient à l’édification des masses, à les éclairer et non pas vendre à « Coca Cola du temps de cerveau disponible », dixit Patrick Le Lay de TF1.

Frédéric Le Quer