L’attentat des ramblas et les médias

Par Vendredi 18 août 2017 Permalink 1

Le drame des ramblas met en exergue l’attitude des médias vis à vis des attentats islamistes. Alors que les chaines d’info en continu se multiplient comme des petits pains, celles-ci ont renoncé à relater les faits pour se concentrer immédiatement sur l’analyse. Une bombe, un véhicule fou, et arrivent sur le champ deux ou trois débateurs professionnels spécialistes de l’entre-soi dissertant sur le terrorisme. Certains parviennent même à évoquer la bande à Bonnot ou le nihilisme russe… Sinon, il y a toujours un musulman de service pour nous montrer que les arabes ne sont pas tous comme ça, pour que le téléspectateur ne mette pas tout le monde dans le même panier. Bref, un bavardage sans fin se substitue donc au choc des images, au choc des faits.

Car les faits sont têtus et ils dérangent la bien pensance dans un pays où la communauté musulmane est la plus importante d’Europe. Alors qu’hier la planète entière comptabilisait le nombre de morts et de blessés, nos chaines peu enclines à se démarquer du pouvoir où qu’il soit, relayaient l’information officielle d’un mort et quelques blessés. Et ils sont restés sur ce mensonge le plus longtemps possible jusqu’à ce qu’il ne soit plus tenable quand les officiels espagnols ont dévoilé la réalité provisoire de 13 victimes.

Les images ont aussi une force que les médias refusent de montrer. Nos journalistes se découvrent des pudeurs de vierge quand il s’agit de faire voir autre chose que le gyrophare d’une voiture de police. Qu’en serait-il de la Shoah, des khmers rouges, du génocide des tutsis… si aucune image n’avait été là pour témoigner, si l’on s’était contenter de nous montrer un soldat armé en haut d’un mirador? Jamais le téléspectateur ne verra l’homme ou la femme agonisant sur le trottoir, le jeune adolescent mort alors que toute une vie s’ouvrait à lui, les yeux vides du secouriste n’ayant pu sauver une personne grièvement touchée. L’insupportable crudité de ces instants horribles ne doit pas être dévoilée. Elle gêne.

Alors, un discours larmoyant se substitue longtemps après au massacre dont la résultante normale chez des citoyens éclairés n’aurait pu être que la colère.

Frédéric Le Quer