L’assemblée nationale en congé

Par Mardi 9 février 2016 Permalink 4

La grande réforme constitutionnelle en discussion à l’assemblée nationale a débuté hier avec l’article premier. Celle qui remettra en cause éventuellement les grands principes, celle qui obnubile tous nos constitutionnalistes, celle sur laquelle nos grands intellectuels s’acharnent à avoir des idées est en débat et monopolise, penserez-vous de bonne foi, le ban et l’arrière ban de l’élite française. Résultat des courses: L’hémicycle était déserté par 450 parlementaires, le parti des pêcheurs à la ligne, mais il restait 103 voix contre 26 pour voter oui. Le deuxième et dernier article, celui de la déchéance de nationalité est à venir.

Le parlement contrôle l’état d’urgence et organise sa mise en oeuvre et tel un CDD il est renouvelable tous les 4 mois. Voilà qui est dit, pour le moment… Mais devant le peu d’ambiance au palais Bourbon, un petit malin s’est autorisé à glisser un amendement interdisant de dissoudre l’assemblée nationale pendant la durée de l’état d’urgence. Et cela a permis à un ou deux députés de se réveiller en sursaut, montant sur les valeurs inaliénables de l’état de droit, de la démocratie parlementaire, de la république française une et indivisible. Quoi, de quoi, de quoi? Des haricots un jour de paye! Alors le premier ministre conciliant a rassuré nos quelques élus présents inopinément titillés à l’heure de la digestion et a dit qu’on pourrait continuer à les dissoudre à n’importe quel moment. « Ouf! » S’exclamèrent certains alors que d’autres en pleine digestion demandaient à leur voisin ce qui se passait.  » T’inquiète! Rassurèrent les plus attentifs. S’il s’passe queke chose on te’l dira! ».

Citoyens, l’état d’urgence, tout le monde s’en fout! Et c’est vrai qu’avec un président qui a moins de 20% d’opinions favorables depuis 3 ans et demi et un gouvernement guère mieux loti, la seule urgence serait véritablement que tout ce petit monde se casse. Mais, non. Leur illégitimité de fait ne les gêne pas du moment qu’ils continuent à s’approprier les avantages inhérents à leur fonction. Jusqu’au bout les français devront supporter leurs discussions stériles auxquelles eux-mêmes ne croient pas. Les parlementaires sont les complices du gouvernement sans en être dupes: ils ne se déplacent même plus pour débattre!

Frédéric Le Quer