L’assassinat de Boris Nemtsov

Par Mercredi 4 mars 2015 Permalink 20

L’assassinat de Boris Nemtsov est l’une de ces énigmes que les enquêtes en cours n’élucident jamais et que l’historien tripatouille plus tard à sa guise, triant les faits en fonction de la thèse choisie. Tout y est bizarre car rien n’explique vraiment la cause de cet événement.

Plus que la mort de cet homme, forcément dramatique, l’instrumentalisation qui en découle lève les masques dont les médias s’affublent parfois pour faire croire à leur soi-disant objectivité. La victime est parée de toutes les vertus et son rôle politique prend une dimension qu’elle était loin d’avoir de son vivant. On parle en France d’une personnalité « généreuse »,  « extraordinairement courageuse », « pacifiste », « sans arrière pensée », « hors du commun », « un libéral épris de démocratie »; n’en jetez plus, c’est un dieu! A coté de lui le représentant du nouvel axe du mal, le méphisto des grandes steppes, le JR du Kremlin, j’ai nommé Vladimir Poutine. Plus il est décrit comme odieux, infâme, criminel, plus l’autre est pur, beau et grand! Le manichéisme est infantile mais le renoncement à toute finesse argumentative est la marque dorénavant d’un journalisme qui considère le lecteur ou l’auditeur comme un crétin avec qui le bourrage de crâne est la meilleure des tactiques.

La victime se tenait en fait depuis quelques années à la périphérie du jeu politique en Russie. Elle avait laissé un bon souvenir, avait frôlé avec Boris Eltsine les premiers rangs, restait « une grande gueule », mais n’était plus depuis qu’un simple élu de région. Ses soutiens résidaient principalement dans des ONG en Russie financées par Washington. Les nationalistes russes le considérait d’ailleurs comme un agent de la CIA. Ces arguments infirment la thèse d’un crime fomenté par las services secrets américains mais les gains pour la propagande compensent éventuellement la perte dans le cadre d’une provocation pour déstabiliser le régime. Tout est ouvert! En tout cas, l’assassinat de Boris Nemtsov a réveillé en Russie les plus léthargiques des opposants au régime. Sauf à  imaginer une double ruse du président Poutine, son intérêt à ce meurtre semble bien peu évident. S’il veut faire du peuple slave, comme il apparaît de plus en plus, une “civilisation” pouvant apporter quelque chose au reste du monde, une alternative, cet événement est totalement contre productif.

Quoiqu’il en soit, les tensions géopolitiques sont dans cette période de grave crise économique de plus en plus inquiétantes. Les jeux qui se déroulent actuellement en Europe et au Moyen-Orient risquent de se transformer un jour en bombes à retardement activées par une propagande qui, où qu’on se trouve, est toujours plus active. Toutes ces manigances échapperont un jour à leurs auteurs et ce sera pour le pire.

Frédéric Le Quer