Le langage tue

Par Lundi 20 octobre 2014 Permalink 25

Les effets du langage actuel dans notre vie participent à la domination consentie dont le citoyen est l’objet. Abuser le peuple avec des mots est un sport médiatique qui pour ne pas éclairer utilise le sophisme avec délectation. Les quelques sujets débattus le sont toujours de façon suffisamment homogène pour éviter la subversion.

En 1984 déjà le jeune Laurent Fabius avait été jugé par les communicants au moment où il accède au poste de premier ministre comme peu compréhensible des français, trop compliqué, en utilisant un grand nombre de mots de la langue et on lui fit remarquer que pour être entendu de l’électeur 500 mots étaient bien suffisants. Sans doute n’avait-il pas lu le roman de Georges Orwell dont le titre correspond à la date de son accession au pouvoir et qui théorise la pauvreté d’une langue comme moyen de domination… Mais c’était il y a trente ans et depuis tout a été maîtrisé et conceptualisé pour rationaliser le discours politique au mieux en lui ôtant tout caractère radical et contestataire.

Le dernier fait d’arme en la matière du gouvernement est assez savoureux; il s’applique à transformer le terme Etat Islamique en DAESH  pour avoir à éviter de prononcer le mot islam risquant d’attiser la suspicion envers les musulmans… Et tous les médias de reprendre l’expression totalement inusité une demi-journée plus tôt en obéissant fidèlement à leur maître! Le sujet de l’immigration est d’ailleurs surement le plus révélateur du discours convenu imposé au peuple. L’absence de chiffres, l’interdiction d’utiliser certains mots sous peine d’être déféré en justice, l’impossibilité de toute finesse d’analyse contraignent la réflexion et aboutissent à nier officiellement le problème vite et bien légèrement requalifié de drame du chômage ou de la pauvreté. C’est bien loin naturellement d’être seulement ça mais à force de le répéter les médias de masse ou le gouvernement ou la plupart des partis politiques embrouillent ainsi la compréhension du phénomène. Une perception de la réalité tente d’être imposée à l’encontre de la vérité à telle point que le citoyen éberlué et perdu peut se demander à la fin d’un débat, et contre toute évidence, si seulement la France est en train de s’islamiser!

La déflation clamée sur tous les toits est aussi un élément de l’analyse économique particulièrement intéressant. Elle est vue avec un angle systématiquement apocalyptique contre toute réalité perceptible.Personne ne sait exactement quand le terme est employé de quoi il est question. Le fameux panier de la ménagère ne semble pas montré que les prix baissent à celui qui fait ses courses, bien au contraire… Le litre d’essence à la pompe est bien stable malgré la chute du baril de pétrole… Les impôts ne cessent d’augmenter… Le coût des études supérieurs est de plus en plus élevé… Le prix des logements ne bouge pas… Les actifs financiers sont chers… Et bien malgré tout ça il semblerait que la situation soit dramatiquement déflationniste! Mais ce qui est incontestablement déflationniste  ce sont les salaires d’embauche des jeunes avec des écarts entre diplômés et non diplômés qui s’amenuisent de plus en plus! Ce qui est incontestablement déflationniste est ce qui reste pour vivre au petit entrepreneur une fois qu’il a tout payé! Ce qui est incontestablement déflationniste, c’est le pouvoir d’achat des classes moyennes taillables et corvéables à merci! Contre toute évidence à employer ce mot à tort et à travers on cherche à faire croire à un gain illusoire de pouvoir d’achat que dénie la vraisemblance!

Le langage est dramatiquement appauvri et les mots biaisés pour servir des intérêts politiques. L’utilisation d’une espèce d’anglais devenue charabia international, participe de ce totalitarisme. Mais le nombre de mots à la disposition n’est pas tout. La pièce « Andromaque » de Racine brille par une assez grande pauvreté du vocabulaire malgré ses cinq actes sans que le chef-d’oeuvre ne soit remis en cause. La transmission de la culture reste un point essentiel pour l’élaboration d’une pensée personnelle. L’école a démissionné. La famille bourgeoise n’est plus alors que le seul vecteur; la cooptation des élites et la ploutocratie sont ainsi favorisées.

Frédéric Le Quer

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