L’ambiguïté de la crise européenne

Par Dimanche 12 juillet 2015 Permalink 31

La crise européenne bat son plein. Mais quand les dirigeants grecs vont-ils se décider à relever la tête, vont cesser d’être le jouet d’intérêts qui les dépassent? Alors qu’il y a huit jours (ça a l’air de faire une éternité!) le peuple hellène a dit non, clairement, à la soumission à l’Union Européenne, le premier ministre, accompagné dorénavant d’un ministre des finances traînant son air accablé et timoré à travers les capitales, s’arqueboute sur une monnaie unique  qui depuis 2001 n’engendre pour son pays que des désillusions.

Il a trahi ses pairs en organisant un référendum! Et ceux-ci sont fâchés, peu enclin à voir dans la démocratie une solution mais au contraire un risque de remise en cause de leurs avantages acquis. Il faut qu’il paye pour ne plus recommencer ce genre de fantaisie ou plutôt il faut que les grecs paient… Dans l’Europe d’aujourd’hui les velléités d’indépendance se doivent d’être punies! Mais, au lieu de céder à des exigences cruelles, le gouvernement grec doit claquer la porte, renverser la table et montrer que ce pays est capable de reprendre en main son destin quitte à souffrir. L’honneur a un coût que la raison doit ignorer et le cœur sublimer.

Yanis Varoufakis a dit aussi, surtout, tout haut ce que chacun sentait sans oser l’exprimer. L’intransigeance de l’Allemagne envers la Grèce n’est rien d’autre qu’un avertissement ferme contre la politique de François Hollande. La crise reflète alors une ampleur inégalée depuis la guerre. Berlin se voit le droit de s’ingérer dans les affaires françaises dans la mesure où les deux pays partagent la même monnaie. Et c’est vrai! La Grèce devient la victime expiatoire de l’inconséquence budgétaire française. Schauble dit à ce petit pays ce qu’il ne peut pas se permettre de dire aux français. Les français soutiennent les grecs par empathie, se défendant eux-mêmes quand ils prennent leur parti contre les allemands. L’€ au lieu d’entraîner la fraternité amène l’inimitié entre les pays d’Europe.

Par ailleurs, dans cette affaire, il faut se demander qui sont les plus sadiques des allemands ou des français, entre ceux qui rejettent une Grèce incapable de s’adapter à l’€ ou ceux qui veulent continuer à s’en servir comme une espèce de bouclier, de poste avancé de l’hétérogénéité de la zone €. En tout cas, deux grands pays se disputent sur les ruines d’un état déconfit et d’une organisation monétaire déliquescente. Les petits états servent décidément toujours dans l’histoire de déclencheurs pour les grands bouleversements.

Frédéric Le Quer