L’Allemagne

Par Mercredi 10 septembre 2014 Permalink 29

Le projet de budget en équilibre pour 2015 proposé hier par Wolfgang Schauble est l’occasion de s’intéresser au grand voisin d’outre-Rhin. Alors que la France a la pire performance de l’Union Européenne,  l’Allemagne vient d’engranger 22 milliards d’excédents commerciaux. Des intellectuels français font cependant la fine bouche…

Jacques Attali voit dans la baisse de la population un risque essentiel pour l’avenir de l’Allemagne. Pas assez d’enfants par femme et une immigration insuffisante avec notamment l’échec de l’intégration turque représentent ses sujets d’inquiétude. L’unité et la cohésion sociale permettent pourtant une société apaisée. La restriction démographique protégera les allemands d’un chômage de masse et agrandira les parts du gâteau. Les retraites sont par ailleurs assurées avec les réserves que fait l’état actuellement. Cette critique n’existe que pour justifier la politique migratoire française dont les aspects déplorables sautent aux yeux en appauvrissant et en insécurisant l’ensemble de la population. Il s’inquiète plus curieusement encore de son secteur industriel. Les machines-outils allemandes vont être copiées! Ses secteurs d’activités ne sont pas en pointe! Prophétie qui n’engage que celui qui l’écoute! Ces arguments semblent des plus nébuleux. Enfin peut-être plus pertinent, le système financier allemand qui risque de souffrir à long terme. Ses banques seraient moins solvables que les nôtres… Peut-être, peut-être pas, la prochaine grande crise qu’il prophétise révélera les défaillances du système financier mais si alors l’Allemagne plie, beaucoup de pays risquent de rompre…

Emmanuel Todd a une approche diamétralement opposée. Il pointe la servitude volontaire dans laquelle s’est mise la France vis à vis de son voisin. Il élargit l’exemple à toute l’Europe et voit poindre une hégémonie allemande sur tout le continent et particulièrement à l’est, sa zone d’influence traditionnelle. L’Ukraine, réserve de main d’oeuvre bon marché, est dans le collimateur. Ce prisme peut éclairer les tensions avec la Russie où chacun des deux grands souhaitent étendre sa zone d’influence. L’analyse ne s’arrête pas là et devient plus… surprenante. Il imagine une crise géopolitique entre allemands et américains, un combat pour la suprématie sinon mondiale au moins occidentale dans le courant du vingt et unième siècle… Si la fin relève un peu de la science-fiction, le reste correspond à la description crue de la situation actuelle.

Fantasmes et réalités continuent de parcourir la société française à propos de l’Allemagne. Elle prouve pourtant que sa politique budgétaire est bonne tout en laissant pour l’instant opérer Mario Draghi avec ses accommodements monétaires. C’est une façon implicite de reconnaître que ce qui lui convient ne peut être satisfaisant pour l’ensemble de l’Europe. Les mouvements eurosceptiques allemands ne le comprennent pas et ont actuellement le vent en poupe.. C’est assez curieux d’ailleurs compte tenu des avantages économiques que représente la zone euro pour le pays…

Jens Weidmann, président de la Bundesbank, reste en désaccord avec le président de la BCE. Il est d’ailleurs possible que dès 2015 il le remplace. L’orthodoxie monétaire y gagnera ce que la cohésion européenne risque d’y perdre. Le gouvernement français n’est absolument pas prêt à suivre une quelconque rigueur. Les instructions de ce banquier s’il est soutenu par Angela Merkel heurteront toute notre classe politique apeurée par les secousses sociales qui s’en suivront forcément. La grande crise européenne est à venir… très bientôt!

Frédéric Le Quer


 

 

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