L’Allemagne bashing

Par Mercredi 8 octobre 2014 Permalink 28

L’angoisse étreint la classe politique dirigeante française au point que le monde journalistique ne fait plus semblant d’être inquiet. La situation économique laisse présager toutes les catastrophes. L’important devient de se dédouaner au plus vite; accusé Allemagne, levez-vous!

L’Allemagne bashing bat son plein en France actuellement. Le signal du départ date de cet été avec en première ligne Jacques Attali qui s’est complu à décrire notre voisin sur la voie du déclin économique; plus c’est gros… Evidemment la presse a relayé, aiguillonnée par les multinationales qui la détiennent, excitée par le gouvernement trop content de trouver un pareil bouc émissaire à son incurie. Lorsque Angela Merkel n’a rien trouvé de mieux à dire à Valls quand il est venu à Berlin d’autant plus arrogant que les français le devinaient faible,  que ce qu’elle avait dit aux grecs, à savoir qu’elle était impressionnée par les réformes engagées, le camouflet était d’autant plus sévère que l’ironie était grinçante. Loin de faire un couple franco-allemand les désaccords sont absolument sur tous les sujets. C’est le film Mr and Mrs Smith à l’échelle des états!

L’italien Mario Draghi est passé du rôle d’arbitre impartial devant prendre en compte les intérêts de la zone € dans son ensemble en fonction des traités à celui de capitaine des pays surendettés aux budgets toujours très déficitaires. Les règles financières volent en éclats, les exemples américains servent de référence, Shinzo Abe de gourou! Merkel tousse, Schäuble rugit, Weidmann réprouve doctoralement, Karlsruhe sanctionnera!

Plus qu’à une divergence politique entre la France et l’Allemagne, on assiste à une rupture philosophique concernant la conception même du devenir de chacun des pays. Lorsque l’un ne conçoit l’avenir qu’avec une population accrue dans un espace social hétérogène survivant grâce à des déficits sans fin, l’autre façonne un pays homogène avec une population qui diminue et pour qui une croissance stable suffirait à enrichir chacun des citoyens. Les derniers chiffres allemands qui alarment tant les journalistes, il y a de quoi rire vus les résultats français, sont le pendant de l’exigence d’un budget en équilibre pour 2015. Il faut garder à l’esprit, pour remettre les choses à plat, qu’il est nécessaire d’avoir plus de 4,5% de déficit à la France pour qu’elle arrive à faire 0% de croissance!

C’est une terrible erreur de laisser un pays appauvri comme la France, sans lien social, sans politique nationale critiquer systématiquement les choix économiques du pays qui indéniablement est en bien meilleure santé. L’Allemagne s’oriente politiquement de plus en plus vers une Europe à plusieurs vitesses pour préserver son modèle, sa richesse, sa politique monétaire. Quand les wagons décrochent de la locomotive non seulement ce n’est pas elle qui s’arrête mais elle accélère!

Frédéric Le Quer


 

 

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