L’aléa social devient intolérable

Par Samedi 21 février 2015 Permalink 16

Plus aucun aléa social pouvant un tant soit peu rebattre les cartes des données sociologiques n’est toléré. La hiérarchie est complètement figée dans le formol. La subtilité du prince Salina dans « Le guépard » n’est plus de mise: pour que tout reste tel que c’est, il faut que rien ne change!

Le dernier exemple en date concernant les grecs n’est qu’une péripétie de plus, marquant le conservatisme jusqu’au-boutiste de l’Union Européenne. Quelques semaines ont été gagnées pour le statu quo et chacun à Bruxelles s’en réjouit. Les vrais décisions sont remises et la Communauté Européenne peut continuer comme avant, avec ses apparatchiks grassement payés pour expliquer que seul l’€ et la rigueur qu’il sous tend, la hausse du chômage et la baisse du pouvoir d’achat, sont les conditions auxquelles les peuples doivent s’adapter, se soumettre, soi-disant pour leur bien, alors qu’il apparaît de plus en plus clairement qu’il est principalement question de la perpétuation de la ploutocratie européenne dirigeante.

De tout temps, les élites se sont arc-boutées sur leurs privilèges faisant du népotisme, au fil des décennies, un instrument sclérosant la société. Trois facteurs majeurs venaient interrompre cette belle continuité permettant ainsi un brassage à la tête du pouvoir.

D’abord les révolutions étaient la conséquence d’un rapport direct de cause à effet (conflit maître esclave); elles finissaient en général par installer aux affaires la classe immédiatement sous celle les tenant précédemment, puis diluant l’ascenseur social au fur et à mesure que l’échelle était descendue, amenaient quasiment aucun changement pour les plus pauvres. Les guerres, ensuite, permettaient aussi la mise en avant de nouvelles dynasties basées sur le courage physique ou l’intelligence stratégique et amenaient à l’élargissement plutôt qu’au remplacement du spectre des kleptocrates. Enfin les épidémies avaient quelque chose de fantastiquement égalitaire. En frappant très largement et indifféremment riches et pauvres, elles obligeaient à la réorganisation complète de l’état amenant ainsi au pouvoir des survivants qui, au départ, pouvaient être très éloignés de ces questions.

Désormais la fin de l’alea social autorise la perpétuation ad vitam æternam d’une catégorie de notables en très petit nombre. Leur maintien à ce niveau est leur seul grande affaire. Tout concourt à persuader les peuples qu’ils sont les seuls à même de les aider, et qu’importe les résultats obtenus en terme de bien être réel. L’unique imprévisibilité n’est donc plus que la mort. Mais bientôt le transhumanisme se chargera à l’aide de la science de la repousser ou même l’abolir. Nous entrerons alors dans l’ultime conservatisme!

Frédéric Le Quer

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