L’air du temps

Par Jeudi 28 avril 2016 Permalink 5

L’air du temps est une alchimie entre l’ensemble des situations individuelles, d’un coté et, de l’autre, les conditions externes aux individus comme le progrès technique, la guerre ou la paix, le terrorisme ou l’insécurité, l’identité forte et assumée d’un groupe social ou le délitement de ses us et coutumes, l’amour pour la patrie ou l’indifférence, etc… Si l’art se nourrit de ces sensations multiples pour refléter un état d’esprit contemporain, les médias au sens large, la société du spectacle, cherchent à imposer une ambiance nationale toujours positive toujours festive, toujours insouciante quelque soit le ressenti populaire.

Sous l’occupation allemande, un monde illusoire était présenté sans cesse aux français montrant des chanteurs ou des acteurs vivant épanouis et allant de récitals en pièces de théâtres, de pièces en premières cinématographiques, de cinémas en palaces. Les hommes politiques se serraient la main sur les perrons tout sourire. Les femmes se paraient de somptueux bijoux et de robes longues. Le monde réel n’avait pas sa place. Seul celui du Ritz avait le droit de citer avec ses milliardaires, ses gens en vue, ses officiers allemands impeccablement courtois et la clique des collabos. L’homme de la rue, ses difficultés, son martyr pour certains, était consciencieusement ignoré voire nié. La joie des quelques gens heureux avait uniquement le droit d’être présentée au public.

Ce décalage criant se retrouve aujourd’hui avec l’information, les journaux, la télé, la bourse, les comédies musicales, les compétitions sportives… Les happy few sont constamment présentés avec leur success story bidonnée. Leur richesse matérielle est mise en exergue et vue comme l’ultime aboutissement. Pire, dorénavant l’aspect moralisateur n’est jamais très loin. « Ces gens ont réussi et vous? Pourquoi en êtes-vous là? C’est votre faute. La société est égalitaire. La preuve! Ceux qui ne sortent pas du lot sont coupables, peut-être même sont-ils des anti sociaux! Le monde est beau, la vie est belle. La jeunesse est séduisante de Pékin à New York ou de Londres à Moscou! Non, vous n’en êtes pas? Comment est-ce possible? L’ascension sociale, c’est pas fait pour les chiens! »

Alors le but recherché par la propagande est atteint. Un air du temps artificiel s’impose. Le peuple plie la tête, honteux, vexé. C’est surement vrai… dans le fond, on est trop cons, nous! Le ressentiment dans son acception révolutionnaire est alors remplacé par la mésestime de soi. Et le conservatisme social, la reproduction des élites, de s’enraciner!

Frédéric Le Quer