Le laboratoire grec

Par Mercredi 7 janvier 2015 Permalink 13

Les élections législatives s’annoncent particulièrement serrées. La Grèce semble politiquement comme géographiquement divisée en deux. Si les instances européennes font le forcing en tentant d’effrayer la population, l’Allemagne mène un jeu intéressant afin de faire du pays un laboratoire.

L’hypothèse émise ici le 15 décembre dans l’article « Grèce, la pestiférée » d’une collusion d’intérêt entre le parti de gauche Syriza et le CDU allemand, mariage de la carpe et du lapin, se confirme. Mme Merkel veut non seulement voir la Grèce sortir de l’€, mais aussi étudier la façon dont le pays évoluera ensuite. Et c’est cet « ensuite » qui ne cesse de donner des crampes d’estomacs aux autres dirigeants européens!

Si fin janvier M. Tsipras remporte les élections, la commission européenne est déjà prête à toutes les compromissions pour garder le pays dans le giron de l’union. Néanmoins, le décideur en dernier ressort, l’Allemagne, puisqu’elle paie avec son propre argent, ne cédera rien. Il est alors certain que la Grèce quittera la monnaie unique. Mais elle ne disparaîtra pas!

Tout le sel de la situation est dans l’observation de l’évolution de la santé économique du pays après. Le laboratoire grec va devenir l’objet de toutes les attentions. Si revenue au drachme, la population se retrouve avec des conditions de vie qui empirent, un service sanitaire en décrépitude, un état moribond, avec des ONG venues du monde entier secourir des miséreux par centaines de milliers, la messe sera dite! Les autres pays du sud de l’Europe seront prêts avec l’accord de leur population à tous les fameux sacrifices chers à Manuel Vals pour échapper au purgatoire. L’€ se retrouvera renforcé. Les désirs allemands deviendront des ordres.

En revanche, si la Grèce, retournée à sa monnaie nationale, relance son économie, voit revenir la solidarité, l’esprit de combat, une plus grande prospérité, une autre messe sera dite et celle-là créera des bouleversements à l’échelle économique mondiale. Comment alors ne pas imaginer le Portugal, l’Espagne, l’Italie, l’Irlande, la France chercher une solution semblable à celle prise par les hellènes? La dislocation de la zone € ou sa partition ou encore un nouveau serpent monétaire seront, bel et bien, à l’ordre du jour.

Comme ils ont suffi il y a quelques années à l’Argentine,quelques mois suffiront pour se rendre compte des résultats obtenus par M. Tsipras avec un nouveau drachme. L’Allemagne a de plus en plus besoin de ce cas pratique, les économies de chaque pays de l’euro divergeant trop. Le laboratoire grec n’a décidément pas fini de faire parler de lui!

Frédéric Le Quer