La vanité d’oublier la mort

Par Dimanche 1 novembre 2015 Permalink 0

« Souviens-toi que tu vas mourir » rappelle le tableau en une de Hans Holbein le jeune (v. 1497-1543). Pourtant les deux portraits montrent des hommes riches, l’un conquérant à gauche, Jean de Dinteville, ambassadeur, et Georges de Selves à droite dont l’air plus introverti témoigne de sa qualité d’évêque. Mais en même temps que le peintre les porte au pinacle, il peint aussi en bas une forme longue et fine qui n’est rien d’autre qu’un crâne déformé par un procédé appelé anamorphose, là pour rappeler la mort. Cette vanité replace leur réussite sociale dans la temporalité montrant ainsi que, comme les autres, ils mourront.

Au XVIIe siècle, des artistes se spécialisent dans la nature morte où bien souvent ils cherchent à aller plus loin que la simple description d’objets inanimés pour rappeler avec des cranes, le plus souvent, le destin fatal et funeste de l’homme. Ces scènes, comme la sculpture ci-dessous d’Allemagne du sud, du XVIIe, nommée « le triomphe de la mort » en ivoire et noyer (24,5×18,5x8cm) vendue par Sabourin SVV le 12 avril 2014 à Châtellerault, 45000€, sont toujours très prisées. Celle-ci particulièrement morbide représente un squelette en ivoire debout sur une sépulture composées de « corps en décomposition attaqués par des insectes, reptiles et batraciens », dixit la Gazette Drouot. Comment avec cet objet placé sur un cabinet de curiosité, par exemple, oublier que l’on va mourir?SAM_0885

Avec « la porte des enfers », ci -dessous, oeuvre inachevée de 6mx4m et de 8 tonnes de bronze, la mort est d’abord envisagé par Auguste Rodin à partir de la Divine Comédie de Dante. Puis les figures sont empruntées plus généralement à l’histoire et à la mythologie, à la vie et à l’amour, à la passion et à la souffrance des humains. Rainer Maria Rilke qui devient son secrétaire écrit: « Ici des yeux s’ouvrent, regardent la mort et ne la redoutent pas. Ici se déploie un héroïsme sans espoir dont la gloire comme un sourire vient et va, fleurit et se brise comme une rose. »SAM_0884

Frédéric Le Quer