La Turquie va devoir choisir

Par Mardi 9 juin 2015 Permalink 18

La Turquie est à la croisée des chemins. Erdogan, ce sultan ottoman du XXIe siècle, peut tout à fait après les élections de dimanche organiser une coalition avec le parti des nationalistes religieux encore plus à droite que lui. Dans ce cas, l’Europe aura à sa porte une république musulmane extrémiste.

Si, indiscutablement, le président turc a subi un revers électorale, les dés ne sont pas pour autant jetés. L’AKP reste de très loin le premier parti turc et il lui manque trente cinq sièges de députés sur 550 en tout pour avoir à la chambre la majorité absolue. Mais les cercles diplomatiques croyaient tant à une très large victoire que l’Europe y voit alors une bonne nouvelle (elles sont si peu nombreuses!) et l’occident se réjouit à mot couvert du désaveu populaire du conservatisme islamique qui était en train de s’installer, mettant en exergue un seul chef, Erdogan.

Le parti pro-kurde représente la grande surprise du scrutin. Le discours libertaire de son président Selahattin Dermitas insuffle un vent de fraîcheur sur l’échiquier politique. Déjà, l’amitié retrouvée entre le peuple turc et le peuple kurde est fêtée même si c’est peut-être oublié un peu vite les multiples attentats qui ont parsemé la campagne électorale, deux morts kurdes rien que la semaine dernière… Cependant il est comparé au grec Tsypras ou à l’espagnol Higlesias! Il apparaît comme le représentant de la génération portant une nouvelle aspiration politique. Et même les quelques chrétiens de Turquie semblent se réjouir!

Erdogan qui n’a pas voulu soutenir le combat des kurdes contre l’Etat Islamique se voit maintenant désavoué. Mais la minorité kurde qui refuse de s’allier avec l’AKP est loin d’être un parangon de vertu et ses liens avec le pouvoir iranien sont étroits, mais son active diaspora à travers le monde s’évertue à gommer toutes les aspérités pour mieux entraîner l’Occident avec eux.

Les élections montrent de toute façon que la Turquie n’est pas encore prête à un pouvoir autoritaire, solitaire et islamique plus dur même si le jeu politique peut encore transformer la volonté populaire: alliance entre l’extrême droite et Erdogan ou nouvelles élections? L’avenir est bien incertain…

Frédéric Le Quer