La peinture orientaliste

Par Samedi 2 décembre 2017 Permalink 1

La peinture orientaliste offre aux occidentaux le moyen de se plonger dans cet exotisme que la conquête de l’Algérie met à la portée du public du XIXe siècle. La fascination était déjà là depuis longtemps, on se souvient, par exemple, des turqueries de Jean-Etienne Liotard ( http://politiqart.com/jean-etienne-liotard-et-ses-turqueries/ ). La tendance va nettement s’accentuer avec les voyages de Delacroix ou d’Horace Vernet en Afrique du nord, de Fromentin ou de Gleyre en Egypte, de Decamps ou de Ziem en Turquie et en Syrie.

La peinture orientaliste correspond d’abord à une lumière, celle du désert à nulle autre pareille. Mais son succès est surtout dû aux fantasmes de mœurs libérées de femmes lascives représentées dénudées, alanguies sur des divans voluptueux (Ingre: Le bain turc, par exemple). L’orientalisme n’est guère une démarche ethnographique, du moins jusqu’aux années 1930, mais plutôt la représentation picturale de mœurs orientales rêvées alimentant la libido occidentale. Cet amalgame réussi va institutionnaliser un art qui se voit consacrer avec la villa Abd-El-Tif à Alger (1907-1962), réplique intellectuelle de la villa Médicis à Rome.

Sur le marché de l’art la peinture orientaliste a connu son heure de gloire de la fin du XXe siècle au début du XXIe avec de grandes institutions arabes qui sont venues acquérir de nombreux tableaux. La Gazette Drouot mentionne particulièrement l’année 2007 avec des résultats à 7 chiffres pour le peintre Etienne Dinet (1861-1929), converti à l’islam, avec l’huile sur toile en une, « Vue aérienne de la palmeraie, Bou Saâda », 61 x 81 cm vendue en juin chez Gros et Delettrez, 1 920 760 € et ses « Fillettes sautant à la corde », 100,5 x 85 cm qui firent lors de la même vacation, 1 053 320 €.SAM_5395

Le peintre Jacques Majorelle (1886-1962) affiche aussi une côte élevée comme en témoigne une vente du 12 mars 2013 chez Sotheby’s-Artcurial où « les deux amies » ci-dessous, furent décrochées pour 481 500 €.SAM_5396

Mais ces résultats semblent aujourd’hui bien loin. La vente de l’ovv Millon, cette semaine, qui avoue avec transparence qu’à peine plus d’un tiers des tableaux orientalistes proposés trouvèrent preneurs, n’a vu concernant les deux artistes les plus bancable que 26 000 € pour Dinet « Le marché de Brézina » (huile sur toile ci-dessous, 38,5 x 25 cm) et 14 300 € pour Jacques Majorelle avec « rue de Marakech », huile sur carton, en-dessous.SAM_5397
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Ce jour là c’est Henri PONTOY (1888 – 1968), ami de Jacques Majorelle, qui grâce aux porteuses d’eau ci-dessous, huile sur toile, 84,5 x 139,5 cm, fit le plus cher avec 33 800 €.SAM_5399

Frédéric Le Quer