La mort de Géricault

Par Dimanche 7 juin 2015 Permalink 13

C’est le 26 janvier 1824 â 6 heures du matin que cessent les douleurs de Théodore Géricault dans une petite pièce de la rue des Martyrs que représente son ami Arry Scheffer dans son tableau « La mort de Géricault » peint et exposé au salon la même année.

Après une chute de cheval au début du printemps de 1822, à Montmartre, la santé du peintre déclina. Non pas qu’il n’est jamais été d’une constitution particulièrement robuste, un vague à l’âme persistant ayant toujours caractérisé sa sensibilité exacerbée et ombrageuse. Mais du choc qu’il reçut aux reins résulta une inflammation de la moelle épinière que deux autres accidents à Fontainebleau et au Champ de Mars l’empêchèrent de ne jamais soigner complètement. Il continua néanmoins à travailler et il réalisa par exemple durant la fin de l’année une série de 12 lithographies.

Loin de se protéger, Géricault multiplie des plaisirs dans le monde qui ne sont que le prétexte à accélérer sa propre mort. En 1823, son travail qu’il effectue avec enthousiasme et acharnement pendant une rémission de courte durée, l’entraine dans une agonie dont il ne se relèvera pas. Il réalise cependant pour le salon de Douai le tableau aujourd’hui au Louvre appelé « Un postillon faisant rafraîchir ses chevaux » pour lequel il obtient une médaille d’argent au cours de l’été. Mais parallèlement la faillite d’un agent de change chez qui il a déposé sa fortune le laisse ruiné.

Aux cours des derniers mois de sa courte vie, Géricault vend dixit Delacroix dans son journal, « poussé par la nécessité , à des prix médiocres, d’admirables esquisses ou tableaux ». Ce dernier, comme beaucoup d’autres dont le très célèbre Antoine-Jean Gros, va le voir quelques jours avant la fin et constate aussi: « Il est mourant; sa maigreur est affreuse; ses cuisses sont grosses comme mes bras. Sa tête est celle d’un vieillard mourant ».

Theodore Géricault, figure romantique à l’issue forcément tragique, soupirera la veille de sa mort: « N’est-il pas triste de mourir à trente trois ans avec le regret de n’avoir encore rien fait de ce que l’on a senti. »

Frédéric Le Quer