La jeunesse de Géricault (1791-1824)

Par Dimanche 31 mai 2015 Permalink 10

Plus de la moitié de l’œuvre de Théodore Géricault sont des dessins. Pourtant il est surtout l’homme d’une peinture au format exceptionnel, 5 m x 7 m, qui demeure au Louvre: Le Radeau de la  Méduse. Quelques anecdotes sur sa vie jusqu’à la fameuse création de cet homme qui écrivait: « S’il est pour nous sur terre quelque chose de certain, ce sont nos peines. La souffrance est réelle, les plaisirs ne sont qu’imaginaires ».

Issu d’une famille fortunée, sa mise en pension vers six ans entraîne chagrins et pleurs chez cet enfant plutôt gâté. Il y montre cependant déjà des dispositions pour le dessin et la peinture. Dès le lycée ses camarades remarquent qu, »il imitait avec une facilité extraordinaire tous les objets qu’il voyait (…) la perspective ne l’arrêtait pas, il la faisait juste de lui-même. Il était déjà grand artiste sans qu’il s’en doutât ». À 17 ans, à Rouen, ville où il est né, un maréchal-ferrant lui demanda de lui peindre une enseigne qui attira l’attention d’un touriste anglais qui voulu l’acheter 800 francs! C’est à cet âge qu’il rentre en cachette de son père dans l’atelier de Vernet où il demeure que quelques mois et s’inscrit ensuite dans l’atelier de Pierre Narcisse Guérin, peintre officiel, grand prix de Rome. Il a entre autres, comme illustres condisciples, Ary Scheffer et Eugène Delacroix. Mais très vite, Géricault est exclu, sans être renvoyé, de l’atelier personnel du maître pour un seau d’eau qu’il lui envoie à la tête!

En 1811 en âge de la conscription, il achète un remplaçant pour 4000F qui mourra d’ailleurs à la guerre, mais la famille percevra bien le solde de la somme. La même année, c’est en peignant « les croupes d’une rangée de coursiers en repos » que Guérin « ouvre pour la première fois les yeux sur le mérite immense de ce jeune homme ». Toutefois cela ne l’empêcha pas en 1812, d’être expulsé du Louvre définitivement après maints accrochages avec les gardiens et les autres visiteurs. Il peint la même année « Le chasseur de la garde » célèbre tableau au… musée du Louvre!

Pendant les cent jours, il s’engage dans la garde nationale pour d’obscures raisons, manque de succès et espoir de gloire rapide, peut-être, ou encore son caractère cyclotimique. Le retour de Napoléon entraîne la débandade de ces royalistes et la fuite de Louis XVIII.

En 1816, il échoue au prix de Rome. Mais ce sont des chagrins intimes, une liaison orageuse avec la jeune épouse de son oncle, qui le poussent à faire le voyage en Italie. Florence d’abord, puis Rome. Il court à la chapelle Sixtine admirer les fresques de Michel Ange où il confie être pris d’ « un mouvement de stupeur ». Les autres artistes français ne « voyait en lui qu’un révolutionnaire et un fou et ne l’appréciait à aucun degré ». Il leur rend bien et écrit concernant les pensionnaires de la villa Médicis qu’ils s’accoutumaient  » à vivre de l’argent du gouvernement ». Le sculpteur Pradier le complimenta un jour mais Géricault crut voir un moquerie et ils faillirent se battre en duel avant que la méprise ne soit levée et notre homme de s’écrier: « Est-il vrai que j’ai du talent? ». Sa rencontre avec Ingres tourna mal et ils ne se revirent plus. Puis Naples en 1817, puis retour à Rome où il s’ennuie, puis Sienne, encore Florence et il rentre en fin d’année à Paris.

Le récit du naufrage du radeau de la Méduse à un grand retentissement dans la capitale. Géricault conçoit à ce moment le plan de son chef d’œuvre. En août de l’année 1818 un fils nait de sa liaison incestueuse déclaré de parents « non désignés ». En fin d’année il se retire dans son atelier pour réaliser son grand tableau. La jaunisse dont souffre son ami Théodore Lebrun l’incite à s’en servir comme l’un de ses modèles. Delacroix pose aussi pour Géricault. Du 25 août au 30 novembre 1819 le Radeau de la Méduse est exposé au salon. Louis XVIII, impotent et en chaise roulante, reste longtemps absorbé par l’œuvre et complimente l’artiste: « M. Géricault, vous venez de faire un naufrage qui n’en est pas un pour vous! » Il obtint une médaille d’or. Le tableau monumental fut exposé ensuite à Londres avant d’être acquis par le Louvre en 1819.

Frederic Le Quer