La fuite vers le $

Par Samedi 14 mars 2015 Permalink 9

La formidable hausse du $ n’est surement pas étrangère à la troisième semaine de baisse à Wall street. La parité  avec l’€ arrive bien plus rapidement que ce qui était envisagé. La monnaie européenne recule de 5% depuis fin février, de 24% depuis un an et est à un plus bas de 12 ans face au $.

Les derniers signaux économiques américains sont cependant bien décevants. La confiance du consommateur pour le mois de mars est à un plus bas depuis novembre à 91,2 points. C’est naturellement une surprise puisque tout est au mieux dans le meilleur des mondes! De façon cohérente les ventes au détail ont reculé de 0,6% en février. La baisse significative des prix à la production (-0,5%) toujours inattendue (!) amène en plus du reste à douter de la fameuse normalisation de la politique économique américaine, soit la hausse des taux directeurs. Par ailleurs les bénéfices des multinationales réalisés en Europe se voient amputer par la baisse de l’€ face au $ une fois rapatriés à la maison.

La BCE garde sa politique agressive avec des rendements de titre d’état très bas voire négatifs. Elle n’a d’ailleurs dans sa manche guère d’autre alternative pour tenter de relancer l’économie européenne. Les capitaux vont alors en toute logique se porter sur le $.  Mais l’Allemagne qu’un euro fort ne gêne pas pour exporter ne trouve pas d’intérêt réel à la baisse de l’€, quant à la France et l’Italie, la baisse de leurs investissements dans l’industrie depuis 2008 ne les prédisposent pas à tirer véritablement profit d’une monnaie faible puisque leur capacité à exporter s’est réduite comme peau de chagrin! Les incertitudes concernant l’avenir de la Grèce dans la monnaie unique continuent de peser.

La situation est donc bien loin d’être réjouissante et il y a gros à parier que la baisse de l’€ risque surtout d’impacter les consommateurs européens qui vont voir les produits importés, ceux de tous les jours, augmenter fortement. La fuite vers le $ ressemble de plus en plus à  la tentative de sécuriser des capitaux dont les détenteurs à l’inverse des politiques sont fondamentalement perplexes concernant la reprise économique mondiale.

Frédéric Le Quer