La FNSEA et son président

Par Dimanche 26 juillet 2015 Permalink 12

Chacun se rappelle que François Hollande, après avoir villipendé la finance pour satisfaire la gauche française, est allé quarante huit heures plus tard faire allégeance à la City. On sait moins en revanche que Xavier Beulin, président de la FNSEA, inquiet de l’alliance PS-EELV, avait demandé des comptes au futur président de la république sur cet état de fait et qu’il fut tout aussi rassuré que les traders britanniques quand il lui fut répondu que de toute façon « rien ne se fera sans les organisations syndicales ». Double langage, quand tu nous tiens!

Xavier Beulin, homme aux multiples casquettes, déteste les écologistes. En faisant nommé son candidat préféré comme ministre de l’agriculture, Le Foll, il souhaitait voir avancer ses divers projets concernant l’autorisation de l’agrandissement de la taille des élevages, le rejet de la directive nitrate ou l’accroissement des subventions en faveur des retenues d’eau. Entièrement satisfait par la politique menée avec comme cerise sur le gâteau l’annulation de l’écotaxe, le président de la FNSEA ne pouvait faire moins en remerciements que d’apaiser ses troupes lors du conflit de la semaine écoulée. Il y est arrivé au moins pour quelques temps, malgré la colère de sa base qu’il a du mal à maîtriser.

Il faut dire que la base, M. Beulin ne connaît pas bien! Représentant l’un des pivots du capitalisme à la française, président directeur général de Avril-Sofiproteol un grand groupe agro-industriel, ce monsieur fait partie du gratin du patronnât tout en restant discret et peu médiatisé en dehors de sa fonction à la tête de l’incontournable syndicat agricole. Si la presse entre les mains des puissances de l’argent n’a jamais cherché à en apprendre ou plutôt n’a jamais daigné en dire davantage, le rapport parlementaire de M. Perruchot est un brûlot qui montre à quel point les intérêts publics et les intérêts privés forment une oligarchie prenant la France en tenaille. Tout se mélange, se combine et fusionne dans un monde où le pouvoir est au service des profits faits par quelques uns. François Hollande et son ministre sont particulièrement compréhensifs et accommodants avec ce milieu tout en restant très fermes avec de petits agriculteurs incapables de joindre les deux bouts car leurs prises de position ont avant tout un biais mondialiste et davantage encore un biais de classe.

Les agriculteurs, comme le montre le rapport Perruchot, n’ont guère d’autres choix que de s’affilier au syndicat qui gère les aides aux agriculteurs, qui décide des prêts à leur offrir ou des autorisations d’agrandissement et qui fait passer en partie les moyens des chambres d’agriculture dans son escarcelle. Mais pire encore, la FNSEA en ayant une influence très grande sur les demandes d’installation ralentie volontairement l’essor de l’agriculture biologique en France alors que le besoin des consommateurs ne fait que croître. Mais des sociétés comme Avril-Sofiproteol, ce qu’elles aiment c’est l’agriculture intensive, alors le bio qui représente une évidente solution pour une sortie par le haut de la crise agricole, est pour elles une hérésie à combattre.

Francois Hollande va jouer le grand écolo jusqu’à la fin de l’année et la conférence internationale sur le climat. Il s’agira là encore d’une posture dont ne s’effraient même plus les industriels convaincus que quoiqu’il soit dit, le président viendra en catimini les rassurer sur les suites à donner à quelques formules semblant dérangeantes mais qui en fait n’engagent que ceux qui les écoutent! Xavier Beulin en contre partie va continuer à apaiser la colère paysanne.

C’est encore une  histoire entre copains et coquins, entre industriels de l’agro alimentaire et politiciens au mépris de valeurs éthiques et écologiques qui si elles étaient sérieusement envisagées  bouleverseraient le secteur primaire en France.

Frédéric Le Quer