La décadence au musée du Louvre

Par Mardi 14 mars 2017 Permalink 3

La gouvernance du musée du Louvre est emblématique de l’attitude des élites françaises. Tout y est. Un condensé du drame national s’y retrouve dans quelques milliers de mètres carrés .

D’abord il y a cette dévotion obligatoire aux arts de l’islam. Il n’est bien sur pas question de nier ici l’influence que la céramique perse ou turque a eu sur le monde, de l’extrême orient à l’Europe occidentale, au moyen âge. Mais tant de salles sont consacrées à des poteries sans intérêt placées dans des vitrines sur lesquelles on demande au visiteur de s’extasier qu’on est bien obligé de rester étonné par cet engouement plus politique que réellement artistique!

Et puis il y a cette extraordinaire attention portée partout dans l’établissement à la couleur des cimaises! Une clique de pseudo décorateurs se masturbe le cerveau des jours entiers pour le choix d’un ton plus ou moins clair et on interdit au visiteur de voir pendant des mois les écoles du nord ou alors on l’empêche d’avoir un parcours chronologique de la peinture française, possible théoriquement sur un demi millénaire! Ces travaux excessivement chers n’en finissent pas sans qu’à la fin on est pu bien comprendre ce qui avait motivé ce gaspillage des deniers de l’état qui eussent été mieux placés dans l’acquisition ou la restauration d’œuvres d’art.

Une fois les salles rouvertes au public, celui-ci s’aperçoit avec consternation que les si passionnantes informations qui étaient précédemment à sa disposition dans des bacs à l’entrée de chaque salle ont disparu, pour être remplacées par des grands panneaux dont les généralités se disputent aux lieux communs du style « Rome éternelle » pour expliquer le voyage des peintres hollandais en Italie au XVIIe siècle! Toutes les explications partout au Louvre, tendent maintenant à tout simplifier de peur de rebuter. Dans le plus grand musée du monde, le niveau baisse drastiquement! Plus question de connaître en profondeur une école, une manière! Regarder comme on regarde une salle à manger chez ikea est ce qu’attendent les dirigeants de cette institution de la part des visiteurs. À chaque instant on sent qu’ils ont peur d’être ennuyeux. Aussi rendent-ils élémentaire ce qui est complexe et laissent dans l’ignorance ceux qui auraient aimé entrer dans le monde subtil dont les œuvres présentées sont issues. Au musée comme à l’école il s’agit de trouver le plus petit dénominateur commun pour que tout le monde puisse suivre. Aucune une exigence requise.

Les amoureux de la peinture hollandaise du siècle d’or sont actuellement gâtés. Il y a cette exposition Vermeer toujours complète. Si vous ne pouvez pas y aller, une partie des salles des écoles du nord (les XVe et XVIe siècles ne sont par contre plus accessibles car on barbouille les murs d’une autre couleur!) a fini par rouvrir et les chefs d’oeuvre ne manquent pas. Enfin une exposition, aile Sully deuxième étage gauche après avoir traversé une ou deux salles(!) en montant l’escalier si vous êtes en forme, donne à voir la collection splendide d’un couple d’amateurs américains qui aurait mérité une mise en exergue bien meilleure. Mais comme dans un hyper marché ce qui compte dorénavant au musée du Louvre est d’attirer le plus de monde possible et avec Vermeer cette mission est remplie.

Heureusement, il reste tous ces tableaux géniaux, inaliénables qui mériteront tant qu’ils existeront, le détour pour quelques heures d’éblouissement.

Frédéric Le Quer