La Catalogne sur le chemin de l’indépendance?

Par Lundi 28 septembre 2015 Permalink 22

La Catalogne organisait hier ses élections régionales. Plus des trois quarts des catalans ont voté. C’est un taux de participation jamais vu. Des files d’attente de plus d’une heure dans les écoles, en milieu de journée, étaient observées.

Arthur Mas, le chef de la coalition pour l’indépendance de la Catalogne,  avait pour objectif la majorité des députés au parlement de Barcelone et il l’a largement obtenue. C’est un homme de droite, de l’establishment, de tout temps plutôt nationaliste, qui depuis 2012 a rejoint les rangs des indépendantistes souvent orientés à gauche, suite à des questions de financements de la région. Il sert de caution modérée face aux milieux d’affaires inquiets, multipliant au passage les contacts internationaux pour défendre les bénéfices d’une Catalogne indépendante et prospère sans l’Espagne. Le mouvement indépendantiste catalan est d’habitude en grande partie porté par la société civile. Aux avant-postes : deux organisations citoyennes majeures, l’Assemblée nationale catalane (ANC) qui organise les grandes manifestations le jour de l’indépendance et l’association culturelle Omnium Cultural.

En face avec Mariano Rajoy, c’est la stratégie de la peur qui est mise en place. C’est systématiquement le moyen choisi par l’Union Européenne dès que ses contours ou sa politique sont remis en cause. Hormis elle et ses choix, le chaos! Cette stratégie a eu l’effet de mobiliser les citoyens. Angela Merkel et David Cameron ont fortement soutenu le Parti Populaire en venant en Espagne. Résultat, le parti au pouvoir n’atteint même pas les 10%! Le parti socialise n’a pas non plus de quoi pavoiser en perdant 4 sièges. Pourtant, ils déclarent sans vergogne que Artur Mas et les séparatistes ont échoué dans leur stratégie sécessionniste.

Mais s »agissant au final de l’indépendance de la Catalogne, rien n’est joué. Si Arthur Mas veut rester dans les limites de la légalité malgré les appels répétés à la désobéissance civile de la faction de gauche du mouvement, le chemin sera semé d’embûches.  Le tribunal constitutionnel est aux mains de Mariano Rajoy et il en use et abuse sur la question catalane, se référant à la constitution de 1978 qui définit le pays comme étant indivisible. Le gouvernement catalan se retrouve les mains liées dès qu’il prend une décision menaçant l’unité de l’Espagne. Le tribunal constitutionnel condamne et prohibe à peu près tout. Il faut dire qu’il s’est « beaucoup politisé » ses dernières années au fil des nominations partisanes et « a perdu toute crédibilité ».

Seul un référendum pourra décider de l’avenir de la région. Encore faut-il qu’il soit accepté par Madrid toujours soutenu par Bruxelles qui n’hésite pas à s’en mêler car l’UE s’affole dès qu’un peuple européen veut disposer de lui-même! Jusqu’à maintenant rien n’a été possible…

Frédéric Le Quer