La bourgeoisie dominante

Par Vendredi 13 octobre 2017 Permalink 5

Alain Finkielkraut invitait lors de sa dernière émission sur France Culture, deux écrivaines qui avaient commis un livre sur leur propre famille. Leur point commun était leur classe sociale: la bourgeoisie. Et elles se répandaient sur l’historique de leur arbre généalogique prétexte aux pavés que les maisons d’édition publient et mettent 3 mois après au pilon. Et elles se racontaient au philosophe avec une précision qui n’intéressait qu’elles et une audace qui prêtait à sourire: l’une des invités spécifiait avec aplomb qu’elle n’avait pas voulu faire quelque chose comme les Rougon Macquart ou la comédie humaine, je ne sais plus, et je me disais simultanément que ce devait plutôt être du sous, sous, sous Martin du Gard… Mais elle ne devait pas connaître!

Bref, cette trop longue introduction pour en venir à ce constat: ce début de XXIe siècle est celui de la bourgeoisie triomphante. La crise des subprime en a été le commencement. Alors que tout devait s’effondrer, des fortunes disparaître, elle a été l’occasion de les renforcer, les sanctuariser pour accroître les inégalités en faisant porter sur le peuple le coût de la résolution du choc économico-financier. Il n’a rien dit parce qu’on s’est bien gardé de lui expliquer quoique ce soit. Il continue à ne rien comprendre. Il supporte toujours sagement le fardeau. Pire sa bêtise, comment peut-on appeler ça autrement, le fait élire un des représentants de cette bourgeoisie, totalement décomplexé, prétentieux au possible, narguant les plus pauvres pour mieux faire paraître sa superbe. Emmanuel Macron avec son Touquet à la manière « Le Quesnoy » de « La vie est un long fleuve tranquille », représente l’idéal de la classe dominante, une tradition qui ne se cache plus, au contraire, qui se donne aux autres en exemple, qui se définit avec suffisance comme élite. La télévision, reflet de notre monde, présente à l’envi de ces êtres dont le milieu social les fait totalement ignorer celui de ceux qui les écoutent, et qui dans un processus d’entraide tirent exclusivement les fruits d’un monde où le piston qu’on nomme dorénavant relationnel, bloque toute évolution au mérite. La mondialisation accentue le phénomène en créant des fossés de plus en plus grands entre les quelques insiders et la masse des déclassés. Les facteurs qui ont concouru à diminuer l’écart qu’il pouvait y avoir entre la bourgeoisie dominante et le peuple sont petit à petit en train de disparaître. Les revendications salariales, le plein emploi, le droit de grève deviennent obsolètes. A la force des bras, à la force de travail, se heurte la rente sans limite dont quelques uns bénéficient fièrement et étalent au grand jour.

La bourgeoisie triomphante informée par l’histoire, tend à élever des digues de plus en plus haute entre elle et les autres classes sociales. Ces dernières sont en train d’accepter cette domination sans voir qu’elles ont un intérêt commun à défendre et une identité collective qui les oppose de fait à ceux qui les dominent. L’immigration est un phénomène qui sert à accentuer la confusion.

Frédéric Le Quer