La balzacienne affaire Kerviel

L’affaire Kerviel rebondit ces jours-ci alors que, depuis le début, aucun citoyen ne pense sérieusement que tout est de la faute d’un seul homme à l’exception des juges et des enquêteurs!  Nathalie Le Roy de la brigade financière a maintenant des remords. Elle se sent coupable de s’être, sans résistance et même avec une certaine facilité, laissée manipuler par la Société Générale.

Ce dossier énorme qui arriva comme une avant-première de la crise des subprimes, dans lequel il n’y a pas de gentils mais uniquement de la cupidité portée par tous les acteurs à son paroxysme est certainement un cas d’école sur la société actuelle. D’un coté, un salarié, pour le milieu presqu’autodidacte, qui veut se faire aussi gros que le bœuf et gagner toujours plus d’argent. De l’autre, une firme multinationale qui, tant qu’elle gagne, le laisse jouer au mépris de la prudence la plus élémentaire pour sa survie, celle de ses salariés, celle du secteur financier, celle du pays auquel elle est rattachée. Impossible d’être manichéen, ils sont tous pourris!

Le troisième pouvoir, dangereux pouvoir judiciaire au nom duquel tous les plus grands crimes se commettent, devait punir en dégageant les responsabilités. Et de façon très partisane, en dédaignant tout bon sens, refusant de se montrer un tant soit peu curieux, il fit peser tous les torts sur Jérôme Kerviel en vertu d’un dossier à charge. C’était, à l’évidence, exagéré. L’enquêtrice de la brigade financière, dépassée par l’affaire fut prise en main à l’époque, par une équipe de la banque. Au bout de huit ans, elle se rend compte que les documents dont elle a eu connaissance, sont ceux que la Société Générale a daigné lui fournir et que les personnes interrogées sont celles désignées par la banque! Espérons qu’entre temps, elle a fait une belle carrière!

Mais le remord est un cancer! Jean Jacques Rousseau dans ses Confessions se montre rongé par ses fautes, même quelques broutilles, et il les expie tout au long de sa vie. Cette dame se reproche sa lâcheté, elle se l’est reprochée surement des années, et tente maintenant une réparation. Les caractères, les filouteries, l’immoralité rendent l’affaire Kerviel particulièrement romanesque et potentiellement littéraire. Cette histoire a tous les ingrédients du roman balzacien.

Frédéric Le Quer