Janet Yellen en grande prêtresse

Par Vendredi 18 décembre 2015 Permalink 1

Janet Yellen a monté les taux directeurs américains d’un quart de point dans la joie et la bonne humeur. Les bourses ont bien accueilli l’événement sur le coup tant elles avaient peur d’un nouveau recul qui aurait top souligné l’instabilité de l’économie mondiale. Et c’est la seule cause de cette politique monétaire: surtout ne pas effrayer le marché.

Objectivement, en se basant sur la conduite à l’ancienne de l’économie, aucune raison ne justifiait cette hausse. Les taux étaient relevés pour rendre l’argent plus rare et plus cher afin d’essayer d’éviter les bulles de valorisation d’actifs préventivement dans le cadre d’une croissance économique solide. Aujourd’hui la curiosité se situe dans des bulles grossissant sans croissance! Tout le monde s’accorde à dire que celle des produits financiers est déjà énorme sans que les sociétés cotées ne délivrent des résultats à la hauteur de l’espoir mis en elles mais rachètent leurs actions à crédit pour feindre la prospérité en augmentant ainsi artificiellement le bénéfice par action. La surchauffe dans l’économie réelle n’existe pas et certains se demandent même si l’Amérique ne va pas entrer l’année prochaine en récession…

Pas grave, le monde financier se doit de faire semblant. Semblant d’être dans un cycle normal. Semblant de croire au plein emploi. Semblant d’avoir des craintes inflationnistes. Semblant d’imaginer dans l’avenir des tensions salariales. Semblant de croire que les classes moyennes ne s’appauvrissent pas. Semblant de voir dans l’uberisation un progrès social. Semblant de penser que l’immigration n’accentue pas le chomage. Semblant de ne pas être en train de baisser les niveaux de vie occidentaux pour les rendre équivalents à ceux des pays émergents. Semblant de ne pas prendre les gens pour des cons!

Le problème est que dans la vraie vie l’indice concernant les transports des marchandises à travers le monde est au plus bas et que toutes les matières premières sont massacrées. La croissance économique à l’échelle planétaire est sur le déclin. Mais la finance mondialisée, pilotée de main de maître par Janet Yellen, fait mine de ne pas s’en soucier et les banques centrales, piliers de cette industrie, proposent de faire comme si de rien n’était. Toutes font des QE pour compenser l’obligation morale de la plus grande de faire du resserrement monétaire. La FED n’est pas sûre de son coup et a avancé son pion la main tremblante depuis des mois. Mais c’était le seul choix possible pour reculer l’effondrement à venir. Continuer dans l’illusion tant que les populations croient ce qu’on leur raconte, aveuglées qu’elles sont sur leur vraie situation. Le jour de leur réveil sonnera le glas de cette politique.

Frédéric Le Quer