Italie, la mise à feu

Par Samedi 13 décembre 2014 Permalink 28

Les très importantes manifestations qui viennent d’avoir lieu dans les grandes villes d’Italie augurent mal des réformes voulues par Matteo Renzi, le président du conseil. Les problèmes de compétitivité de l’économie étaient, par le passé,  réglés par des dévaluations récurrentes qui alimentaient la vigueur des entreprises exportatrices. L’euro a chamboulé la donne; l’Italie sombre.

Cinq possibilités s’offrent au pays dorénavant:

La première serait que l’Allemagne organise sur son territoire une forte hausse des salaires qui en lui faisant perdre son dynamisme permettrait de rendre à l’Italie de la compétitivité vis à vis d’elle. Aucune chance pour que le trio composé de Merkel, Schauble, Weidmann s’y soumettent.

La deuxième serait que l’Italie organise sur son territoire une forte baisse des salaires qui lui ferait gagner en compétitivité et entrevoir peut-être un avenir meilleur. La grève générale contre la politique de Matteo Renzi montre à quel point ce genre de mesure est impopulaire! Les médias du pays soulignent que le mouvement actuel est l’action de protestation le plus important mené par les syndicats ces vingt dernières années. Rien ne les arrêtera, assurent-ils! Le peuple a l’air solidaire.

La troisième solution, indolore à court terme, est le rachat de la dette souveraine italienne par la BCE ce qui permettrait de continuer de vivre à crédit sans rien changer. Jens Weidmann vient de déclarer à ce sujet qu’il reste opposé à la possibilité d’acheter la dette souveraine parce qu’il considérait ça comme une sorte d’invitation à emprunter davantage. La messe semble dite même si les tensions au sein de la banque européenne sont à leur comble.

La quatrième issue est bien sûr la sortie de l’euro. D’après certains économistes le printemps prochain risque d’être tragique pour l’Italie en la contraignant de force à cette solution. Du coup une autre idée est envisagée;  celle d’un taux de change entre les nations de la zone euro qui ne resterait pas bloqué à celui fixé  lors de la fin des monnaies nationales fait son chemin; un euro pour le monde entier avec des parités entre les pays de la zone pouvant évoluer. A demie mesure, demi bénéfice…

La cinquième est une taxation sur le patrimoine privé pour remettre à flot l’endettement publique comme Chypre l’a inaugurée. Une Europe construite sur la spoliation des ressortissants des grands pays est-elle envisageable?

La dette italienne est telle, supérieure à l’ensemble des avoirs de l’état (!), qu’inéluctablement les semaines à venir vont être cruciales. Quelque soit l’issue, les rancœurs seront énormes. Quand les pays riches ont l’impression de payer pour les cigales, quand les plus pauvres ont le sentiment d’être pressuré, ce n’est pas la paix que la monnaie unique amène en Europe mais l’animosité et la haine entre les peuples.

Frédéric Le Quer