Inattendu mouvement des bourses

Par Mercredi 15 novembre 2017 Permalink 3

D’après l’institut allemand de recherche économique appelé IFO, le climat des affaires est au plus haut dans le monde. Les chefs d’entreprise en ont fini avec un pessimisme récurrent qui durait depuis la crise de 2008. Parallèlement à cette information largement diffusée puisque insuffler de l’optimisme est devenu un devoir d’état, les bourses européennes baissent depuis une semaine et même l’IFO qui s’émerveille encore de voir en 2017 la croissance européenne, tirée par les pays du nord de l’union, peut-être dépasser celle des Etats Unis, n’y peut rien. Mais les informations de l’institut divulguées généreusement au bon peuple n’ont d’intérêt que pour lui et certainement pas pour les financiers.

Depuis un flash krach au Japon (une baisse de quelques minutes de 1,7 %, rien de bien méchant mais dans un monde guidé par les banquiers centraux où tout doit être plat, c’est devenu beaucoup) le 9 novembre récupéré à temps avant la fermeture de la séance, les actions baissent, particulièrement en Europe. A chaque fois la bourse clôture plus bas qu’elle n’a ouvert et le CAC de passer en quelques jours de 5 530 points à 5 315 pts. Ce qui est aussi intéressant, c’est le constat frappant que l’obligataire n’est pas un refuge. Même la valeur de la dette souveraine allemande a baissé, i. e. le taux de rendement du bund a augmenté. La valeur de la dette corporate, celle des entreprises, a évidemment aussi diminué. Les sociétés les plus endettées subissent de plein fouet la hausse des taux. L’exemple le plus emblématique (les télécom hyper endettés en général sont actuellement dans le viseur) est le cas Altice (SFR, BFM, Libération…), 50 milliards de dettes, qui commence à être très inquiétant et il n’est pas certain que le positionnement très pro Macron des chaines de télés et des journaux du groupe arrive à sauver Patrick Drahi qui, à en croire l’évolution de son cours de bourse (-40% en 10 jours), ne serait plus très loin de la faillite. Evidemment les valeurs bancaires sont aussi attaquées.

Le monde financier n’aurait-il plus une confiance aveugle envers les débiteurs? Si c’était le cas, non seulement il s’agirait là d’un bouleversement mondial auprès duquel la crise de 2008 passerait pour de la gnognotte, mais aussi cela signifierait implicitement que les banquiers centraux ont perdu la main… On n’en est pas là! Mario Draghi continue de promettre à qui veut l’entendre d’acheter des milliards de dettes souveraines et corporate. Il assèche ainsi le marché, fait monter la valeur de la dette et donc automatiquement les rendements diminuent. Le japonais Abe est sur la même ligne. Seule la FED s’essaie à diminuer la voilure depuis quelques mois mais pour le moment cela n’inquiétait personne, peut-être parce que personne n’y croyait vraiment tant le mouvement était pusillanime. D’ailleurs Wall Street ne baisse pratiquement pas.

Il n’empêche… La Grande Bretagne laisse entrevoir un début de frémissement de l’inflation et la Chine émet des signaux économiques négatifs. La ploutocratie s’inquiète: Et si le monde n’était pas maîtrisable?

Frédéric Le Quer