Hier, au musée du Louvre

Par Dimanche 29 novembre 2015 Permalink 2

Il n’y avait vraiment pas grand monde, hier, au musée du Louvre. Dans les salles concernant les écoles du nord, le visiteur se retrouvait ce samedi après-midi souvent seul avec le gardien pour admirer les chefs-d’oeuvre. Pourtant si l’on entre par le bon chemin, i.e. là où du coté droit sont exposées les peintures françaises et du coté gauche le commencement avec les primitifs flamands, le spectacle est fluide, clair ett tout simplement fait plaisir à voir!

Une scène amusante se déroula devant le tableau de Quentin Metsys en une. Un professeur pour trois ou quatre élèves détaillait les symétries voulues par l’artiste et la symbolique qui d’ailleurs ,d’après la doctrine de l’époque de la devotia moderna, mettait Dieu partout, dans chaque objet et chaque être. Sagement les jeunes gens écoutaient quand arriva un groupe, plus encombrant, avec une enseignante et une quinzaine d’élèves. Elle proposa séance tenante aux autres de bien vouloir se pousser, s’arrogeant une priorité curieuse mais décidée. Le professeur évacué ronchonna mais dut partir à contre cœur, estomaqué par le culot de la dernière arrivée. Alors tout le petit monde s’assit sur les bans ou carrément par terre et monopolisa le tableau sans vergogne. Une élève placée debout devant l’oeuvre de Metsys s’échinait à répondre sur la question de savoir s’il s’agissait ou non d’un double portrait. Les autres prenaient des notes, la professeur l’encourageait… Quant au visiteur, comme moi, il passait son chemin ne pouvant s’apporocher mais en pensant à ces personnages du tableau qui, il y a un demi millénaire, comptaient leurs sous… J’imaginais alors que si jamais une pièce manquait ou avait été rognée, l’homme le soir allait, de mauvais humeur, se disputer avec sa femme à l’air plutôt doux, hésitante avec la feuille de son livre d’heure entre les doigts, mais que si le compte y était, ils feraient, ensemble, contents d’eux, des projets d’avenir pour eux-mêmes, leurs enfants s’ils en avaient, leur commerce!

A part ces deux groupes d’étudiants le calme régnait! En poursuivant et avançant dans le temps, le spectacle muséal continue avec les Rubens exposés largement, pas seulement ceux concernant l’apologie de Marie de Médicis dans la galerie ou avec Rembrandt et ses autoportraits physiognomoniques. Après on sent un peu que l’originalité de ces écoles du nord s’essoufflent, éblouies qu’elles sont par le classicisme français qui s’impose à toute l’Europe. Mais il y a ces petites pièces, à droite et à gauche du parcours, où des tableaux aux dimensions beaucoup moins imposantes, nous emmènent dans l’intimité d’une époque lointaine avec des scènes de genre qui nous transforment en voyeur. Il faut s’engouffrer après dans l’impasse au lieu de directement tourner à gauche pour admirer les artistes scandinaves du XVIIIe et XIXe siècle et même un Gaspard David Friedrich avec un paysage aussi triste que possible.

Voir le plus grand musée au monde, déserté aussi bien par les touristes que les parisiens, y déambuler comme si on était un visiteur exceptionnel ne venant qu’en dehors des heures d’ouverture, est une expérience qui à l’égal d’un bon film dans une salle de cinéma fait oublier l’heure qu’il est. Rare moment positif dut aux horreurs actuelles.

Frédéric Le Quer