Le Grexit suspendu

Par Mercredi 25 février 2015 Permalink 7

Soit Alexis Tsipras s’est lamentablement couché devant les exigences des représentants de la zone €, soit c’est, pour paraphraser Racine, Machiavel tout entier à sa proie attaché! Les opinions divergent partout en ce moment et la réponse à cette question existentielle devrait être fournie dans quelques mois. En attendant le Grexit suspendu n’empêche pas que le problème du remboursement des dettes souveraines consume à petit feu la zone €.

Un texte, semblant prendre acte de la soumission grecque, a eu l’aval de Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances et a permis à la Grèce une extension de quatre mois de l’aide dont elle bénéficie. Et tout le monde est ravi… ou presque! Pour l’Eurogroupe c’est un point de départ qui permet au pays de continuer à travailler avec les mêmes (BCE, FMI, commission européenne) dénommés autrement que troïka pour ménager les susceptibilités hellènes. Pour Pierre Moscovici, « l’accord de la Grèce a prévenu une crise immédiate ». Peut-être par cette phrase sibylline, annonce-t-il l’inéluctabilité de la crise plus tard? Pour François Hollande, toujours dans la synthèse, il s’agit d’un bon compromis!

D’autres se réjouissent moins. La gauche de Syriza, en premier lieu, qui n’hésite pas à clamer qu’il ne peut y avoir d’accord entre oppresseur et oppressé. Mais aussi Berlin, pour des raisons diamétralement opposées, reste modérément optimiste par la voix d’Angela Merkel qui considère que « la tache n’est pas terminée ».  Le FMI considère que le texte ne donne aucune assurance et c’est bien ça qui entretient le flou sur la personnalité des dirigeants grecs. Absolument rien n’est chiffré hormis le montant de l’aide versée par l’Union Européenne! Sont-ce des littéraires effrayés par la magie des calculs? Sont-ce de redoutables négociateurs qui gagnent du temps pour préparer une éventuelle sortie de l’€ dans de meilleures conditions?

Les pays les plus remontés, ceux qui ont cédé aux exigences de rigueur budgétaire, les espagnols et les portugais, voient d’un très mauvais œil tout laxisme. Ces gouvernants sont sur la corde raide car leur population exsangue commence à se sentir comme les dindons de la farce. Ils ne veulent pas entendre parler d’une cinquième restructuration de la dette et veulent habituer les grecs à faire suer le burnous! Mais pour tous, le Grexit effraie par les effets en cascade qu’il risque de provoquer et contre toute évidence, les parties prenantes à la discussion affirmaient mordicus qu’il n’en était jamais question.

Pourtant les informations continuent de montrer l’aberrante construction de la monnaie unique. Pendant que l’Allemagne revoit à la hausse l’excédent de ses comptes publics à 0,6% du PIB, la France va redemander un report pour cette fois 2018 afin d’être dans les clous des 3% de déficit! Grexit ou pas, la zone € se délite doucement mais surement.

Frédéric Le Quer