Le gouvernement a des idées!

Par Jeudi 16 octobre 2014 Permalink 23

Notre innovant gouvernement souhaite faire partager à toute l’Union Européenne ses vues d’avenir, ses projets  pour dynamiser l’économie, revenir à la croissance, retrouver la grandeur des nations. Il a donc mis au point un programme d’investissement centré sur… les travaux publics!

Refaire les routes est l’idée récente germée dans le cerveau bodybuildé de nos énarques. Une certaine propagande se développe dans les médias tendant à montrer du doigt les vilaines infrastructures allemandes et à vanter nos merveilleuses entreprises de BTP que le monde entier nous envie. Remonté comme une pendule chacun au gouvernement y va de son petit mot d’amour pour le macadam, le bitume, les pavés… Enfin un vrai programme pour relancer l’emploi, pour justifier la venue en masse de travailleurs maliens, parfois agrippés au marteau-piqueur, pour permettre aux familles des weekends en bagnole sur des routes sans bosse ni nid de poule.

Il se dit que Manuel Valls devrait faire bientôt le voyage à Berlin pour présenter ses lumineuses idées, ses cartons à dessin, les rapports de ses chargés de mission à Angela Merkel. Chacun la devine soucieuse avec une moue dubitative pendant l’exposé de notre premier ministre et l’encourager à la fin avec un certain cynisme à aller expliquer tout ça au ministre de l’économie Wolfgang Schäuble…

La France en est arrivée là. Un gouvernement de plus en plus démuni cherche à sortir par n’importe quel moyen de l’impasse économique. Les réformes en profondeur promises à répétition par Michel Sapin sont des leurres agités pour gagner du temps, toujours, dans l’espoir illusoire de n’avoir rien à faire du tout. Cette paix sociale voulue à tout prix relève plus de l’esprit de Munich que d’une salutaire prudence.

Pourtant tout a été possible au début, même la rupture avec les idées néolibérales de la Commission Européenne ou de la Banque Centrale. Personne alors n’aurait ri, le passé de la France pouvant répondre de son futur. Mais l’application d’idées foncièrement réformatrices ne demande pas seulement du courage mais aussi une croyance profonde en la capacité de tout changer quitte à être à rebours de la doxa dominante. Mais ces hommes politiques sont des lâches. Leur ambition est une affaire personnelle. L’intérêt général n’est absolument pas perçu tant les problèmes quotidiens du peuple leur sont étrangers.

La dévotion à la finance internationale impose la seule valeur de l’argent à l’exception de toutes les autres. Mais le système est en train d’imploser sans surprise, inéluctablement, en aboutissant au chaos économique. La dichotomie entre le prix d’actifs surévalués et l’économie réelle prend des allures de catastrophe. Le caractère idéologique de l’information tente malgré tout de brouiller la perception du citoyen. Plus pour longtemps. Le séisme civilisationnel lézarde déjà la construction financière.

Le système a quitté la réalité économique. L’Europe est malade et la France délire; son gouvernement n’a rien compris depuis le début. Une simple pichenette suffirait à faire s’écrouler des banques au bilan désastreux partout en Europe. L’union bancaire est une illusion. L’Allemagne considérera bientôt qu’il est plus intéressant pour elle de sortir de l’euro que d’y rester et on verra alors pour paraphraser Buffett, la France se baigner nue alors que la mer se retire.

Frédéric Le Quer

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