La gauche a trahi la banlieue rouge

Par Lundi 13 octobre 2014 Permalink 22

Certains intellectuels de gauche mettent la responsabilité de l’immigration en France sur le dos du capitalisme. Cette vision tronquée de l’histoire de ce mouvement, jamais vu à une telle ampleur sauf lors d’une fin civilisationnelle, dont le commencement date de la fin des années 70, ne tient pas compte des transformations urbanistiques profondes engagées dans les banlieues  par les municipalités socialo-communistes, il y a quarante ans, pour accueillir les nouveaux arrivants.

Bien sûr, l’afflux de travailleurs étrangers joue dans une économie libérale en faveur des grands groupes en leur permettant de maîtriser les coûts salariaux grâce à la mise en concurrence des travailleurs. L’accroissement du chômage dans le contexte des chocs pétroliers parachève le phénomène!

Mais rien aurait été possible sans la complicité active des municipalités de gauche qui détenaient historiquement les bastions ouvriers populaires qui sont aujourd’hui devenus des enclaves musulmanes. Les élections successives montraient un embourgeoisement des habitants. Le risque pour les élus devenait toujours plus grand d’être battus à cause du glissement à droite du vote ouvrier. Le commencement de la mise en copropriété des immeubles de centre ville était une épée de Damoclès supplémentaire. Un banlieue de propriétaires rebattrait la donne sociologique et politique…

Plusieurs villes de banlieue, comme St Denis par exemple, décidèrent au milieu des années 70 d’aller bien plus loin en matière de construction de grands ensembles que la simple création de cités en périphérie. On assista alors à la démolition pure et simple des petits immeubles du centre ville de un, deux ou trois étages datant du XVIIIe, du XIXe ou du début du XXe siècle. Les propriétaires furent tous expropriés, les locataires relogés plus ou moins loin et la construction d’immeubles de 7 ou 8 étages s’engagea. Tout devait disparaître, même l’ancien tracé de vieilles rues datant du Moyen-Age n’était pas respecté et tant pis pour cette histoire sociologique accompagnant l’ère industrielle qui avait attaché une population à la terre qui l’avait vue naître, travailler et mourir. Le slogan soixante-huitard, « du passé faisons table rase » était respecté à la lettre.

Les élus locaux ont méprisé ainsi une culture et un ancrage populaire. C’est impitoyablement que des décennies d’existences banlieusardes qui ont été sacrifiées. Au lieu de réhabiliter en rénovant de petits immeubles certes vétustes mais ayant depuis toujours participé au lien social de ces endroits, rappelant à chacun des habitants des souvenirs, leur destruction impitoyable a laissé une population déracinée n’ayant d’autre choix que celui de partir de là où ils avaient toujours vécu, où leur parents avaient vécu, ou leurs enfants vivaient. Ce sont eux, encore perdus, encore traumatisés, qu’on retrouve aujourd’hui dans cette grande banlieue appelée le périurbain.

Quand des dirigeants obligent tout un groupe de personnes à quitter son habitat et s’installer ailleurs, ceci a un nom et s’appelle déportation. La gauche en faisant subir cette épreuve aux ouvriers s’est montrée complice du système capitaliste. Les municipalités de banlieue pour se maintenir au pouvoir ont cherché une population toujours plus pauvre leur permettant de conserver cet électorat défavorisé sur lequel elles prospèrent. Toute la misère du monde continue bien d’être acceptée au mépris de la protection du citoyen à Paris, Lyon, Marseille et les autres grandes villes de France et la raison dépasse les clivages politiques pour se nicher dans les intérêts égoïstes de toutes sortes.

Frédéric Le Quer

 

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