Francis Picabia (1879 – 1953), l’iconoclaste

Par Samedi 3 décembre 2016 Permalink 1

Alors que le MoMA est en train de consacrer une rétrospective concernant le peintre français Francis Picabia, première exposition aux Etats-Unis retraçant l’ensemble de l’oeuvre de l’artiste, le tableau, en une, de celui-ci, passait hier 2 décembre à Drouot chez Crait + Müller (Bords du Loing, temps gris, huile sur toile, signée et datée 1905 en bas à droite. 47 x 62 cm). Dans la veine impressionniste, le catalogue précise que « l’étude de lumière dérive de la leçon apprise de Claude Monet. » La fiche de renseignement continue en nous apprenant que l’oeuvre avait déjà été présentée à l’hôtel Drouot en 1909 lors d’une vente « retentissante » organisée par Danthon, propriétaire de la Galerie Haussmann, où «chose curieuse, tout fut acheté par des amateurs et pas un seul numéro ne fut adjugé à un marchand.» Cette fois encore le tableau de Picabia fut probablement adjugé à un collectionneur privé. Il fit la somme rondelette de 115 920 € frais compris alors que l’estimation haute n’excédait pas 50 000 €.

Le travail de Francis Picabia est inclassable et change au fur et à mesure du temps qui passe. Peut-être cherche-t-il sa voix ou plus probablement s’ennuie-t-il dans un style au bout de quelques années et passe-t-il à autre chose… Quoiqu’il en soit, il débute sa carrière comme impressionniste (voir aussi photo ci-dessous tableau signé, daté 1899, 38,5 x 55 cm, adjugé chez Osenat à Fontainebleau le 6 avril 2014 vendu 23 750 €).sam_2366

L’abstraction le rattrape dès 1909. Un moment futuriste, c’est ensuite au tour du dadaisme, du surréalisme, de sa série sur les transparences où des visages très dessinés laissent voir d’autres dessins comme en transparence. L’oeuvre ci-dessous intitulée Visage, vers 1930, (huile sur toile 64,5 x 54 cm) où sont superposés nez, mains, doigts, yeux, bouches est une variante moins évanescente de cette esprit. Elle fut vendue à Drouot chez Boisgirard-Antonini le 18 mars 2015 pour 127 500 € frais compris.sam_2369

Francis Picabia redeviendra réaliste au début de la seconde guerre mondiale avec des portraits expressifs tels que ceux ci-dessous. « Le torero à la cigarette » vers 1938-1940 (huile et crayons de couleurs 72 x 54 cm)atteignit à Drouot chez Lombrail-Teucquam le 28 novembre 2014, 86 800 €sam_2368
Le portrait titrée « Espagnole » vers 1941-1942, huile sur carton 75,5 x 33 cm obtint le remarquable résultat de 403 518 € à Lyon chez Anaf-Jalenques-Martinon et Vassy le 13 juin 2015.sam_2367

Pour conclure laissons la parole au MoMa qui dans sa présentation de Francis Picabia écrit qu' »il reste parmi les artistes modernes l’un des plus insaisissables. Il évitait vigoureusement toute style singulier, et son travail englobe la peinture, la poésie, l’édition, la performance et le cinéma. Bien qu’il soit mieux connu comme l’un des leaders du mouvement Dada, sa carrière allait largement et follement-de l’impressionnisme à l’abstraction radicale, de provocation dadaïste au pseudo-classicisme et du réalisme à base de photo à l’ art informel ».

Frédéric Le Quer

PS Les chiffres des ventes passées sont tirés de différents numéros de la Gazette Drouot