Football chéri, mon amour!

Par Samedi 11 juin 2016 Permalink 3

Hier, un footballeur français a libéré tout un peuple. Je n’invente rien, c’est la dame de la télé qui l’a dit. La grande fête du football continue. Ah! Mon dieu quel bonheur!

Nos dirigeants ont peur, viscéralement, la trouille, à chier dans leur froc quand ils pensent aux gens dans la rue. Des sans dents, des sauvages capables du pire… La preuve, les grévistes, leurs fumigènes, leurs manifestations, leur jusqu’au-boutisme… La preuve, ces groupuscules d’extrême gauche, des Huns modernes qui brisent tout sur leur passage et maltraitent la police. Les flics doivent surtout être gentils, pas provoquer l’adversaire, se laisser proprement tabasser. Le peuple est dangereux, autant que possible, il est nécessaire de le caresser dans le sens du poil, surtout ne pas l’exciter, surtout l’apaiser et lui trouver une carotte.

Alors les médias sont aux ordres du pouvoir, pas forcément l’exécutif mais le pouvoir financier dont ils dépendent, ce pouvoir financier qui lâchera l’exécutif s’il ne se montre pas en mesure d’assurer la stabilité mais qui le soutient mordicus tant qu’il maintient le calme. Aucune tête ne dépasse pour s’extasier sur l’équipe de France de football. Elle doit être fédératrice, les médias sont là pour nous expliquer qu’on l’aime. Les temps ont bien changé depuis la coupe du monde de 98 où un journal comme « l’équipe » vilipendait l’entraîneur et les joueurs, tous les jours, créant, d’ailleurs absurdement, un défaitisme dans le pays. Ce n’est plus tolérable aujourd’hui cette liberté de ton. La presse se doit de s’extasier. On est en plein dans l’excès inverse.

Mais il ne faut pas seulement louer les joueurs, ce serait trop réducteur. Le supporter consommateur est lui aussi aduler. C’est un bon français un héros anonyme. Il connait tous les noms des sportifs, il connait leur vie, il connait leur état d’âme, il a ses opinions mais en dernier ressort est en osmose avec le sélectionneur. Le supporter est un type bien et quand il s’agit d’une femme, c’est encore mieux! Il n’est pas rebelle, il est adorateur! Certains qui ont trouvé la combine, soit dirigent un groupe d’aficionados, soit se transforment en historiens, sociologues du football. Alors le supporter obtient ses lettres de noblesse et personne n’ose plus rire d’une passion qui frôle quand même bien souvent le ridicule complet!

On en est là maintenant, du football à longueur de journées. Rentrez-vous bien ça dans le crâne, il n’y a que cela d’important! Celui qui ne s’y intéresse pas est un anti français, presque un terroriste. Il faut aimer et surtout crier « on va gagner ». Mais si vous avez envie d’emmerder toute cette clique et rêver de les voir perdre au plus vite, rien que pour le plaisir de voir la tête que ferait le pouvoir, tout le pouvoir, ne dites rien, espérez en silence!

Frédéric Le Quer